mercredi 10 avril 2013

Prof de cégep ; j’adore encore…

Ça fera bientôt vingt ans que j’enseigne les sciences sociales au collégial. Vingt belles années !  Je me souviens encore du premier cours officiel que j’ai donné. Que j’étais nerveux!  J’en tremblais. Pourtant j’avais préparé mon cours durant des heures. En début de carrière, j’ai passé tellement de temps à préparer des cours. C’est la phase informative de la profession. J’ai couru après des définitions de concepts, j’ai fabriqué des réseaux de concepts, j’ai cherché des exemples pour illustrer des concepts. Concepts, théories, modèles, …. Puis, j’ai préparé des exercices, des formatifs, des questions-réponses, des choix de réponses, des mots-croisés, des répertoires de signets, des présentations PowerPoint, des formes de pratiques en classe pour susciter la participation des étudiants… Après quelques années d’enseignement, j’ai fini par avoir un bon portfolio de contenus de cours.

De plus en plus en maîtrise du contenu de cours, après quelques années, je me suis davantage intéressé à  la mécanique de l’apprentissage des étudiants. Pour moi, ce fut très  révélateur. Moi j’enseigne, mais eux, comment apprennent-ils? Il y a  35 humains devant moi! Ils entendent tous la même chose, assistent aux mêmes prestations de cours. Mais apprennent-ils la même chose de la même façon? Rien n’est moins sûr! En fait, la réponse, c’est non. 35 humains uniques aux motivations différentes, équipés différemment, aux attentes différentes, disposés différemment… Comment s’ajuster pour faire passer l’essentiel à ces 35 jeunes adultes? Là, durant cette étape de la carrière, j’ai beaucoup fait dans la pédagogie. Bien franchement, je n’ai pas trouvé de réponses satisfaisantes à toutes les questions que je me suis posées durant ces années. En fait, la seule réponse que m’est apparue appropriée : un bon prof, c’est un prof qui organise bien sa matière et surtout, c’est un prof passionné par sa discipline. C’est la passion qui fait la différence –  je crois. La pédagogie, c’est une question d’émotions. Probablement une vocation, oh, mot tellement ringard! Vocation?! Malheureusement, on réduit souvent la pédago à une question de procédures et de raison.

Puis, après une dizaine d’années, j’ai commencé à m’intéresser davantage à la vie départementale et au programme. Personnellement, j’ai été à la coordination départementale pendant 5-6 ans. Animer la vie départementale, préparer les réunions, être en relation avec la direction des études, être au cœur de l’évaluation du programme, ce fut une expérience intéressante mais mitigée. Vu de cette position, il n’y a pas de réponse pour la pédagogie. On gère plutôt des relations de travail.  C’est nécessaire. Ennuyant mais nécessaire.  D’ailleurs, j’ai toujours vu la coordination départementale comme une position près de celle d’un chef syndical. Élu par tes pairs, tu défends leurs intérêts devant la direction. Sans voir la direction comme un patron, il n’empêche qu’elle poursuit parfois des intérêts qui ne concordent pas nécessairement à ceux des professeurs. Durant ces années de coordination, j’ai cherché à construire une vie départementale à partir des demandes des profs. Les demandes que je privilégiais concernaient surtout la pédagogie et l’esprit de corps du département.  Je ne comprends pas trop les CD qui se définissent plutôt comme des contremaîtres qui servent de courroie de transmission de la direction vers les départements.

Depuis quelques années, je suis revenu simple prof. J’avoue bien  humblement que j’ai eu ici  un passage à vide. J’imagine que tous les  profs qui durent dans le métier connaissent cette  baisse de régime. Faut se renouveler, se réinventer comme prof. Mais comment fait-on cela? Après vingt ans, comment se relancer? Moi, je me suis concentré sur la pédagogie. D'autres décident de faire d'autres choses : le syndicat, un poste de cadre, ...

Je suis en train de refaire mes cours avec les moyens technos d’aujourd’hui. Le web 2.0, c’est fascinant! Je réécris actuellement mon cours  de socio de base en pédagogie inversée. C’est là que je trouve ma motivation. Et, c’est incroyable toutes les interrogations que cela suscite. En procédant de la sorte, on cherche continuellement à se mettre dans la peau d’un jeune adulte pour tenter d’en percer le mystère!

Et bien franchement, j’adore encore l’enseignement au collégial. En fait, j’adore l’enseignement parce que j’aime les jeunes. Parce qu’il n’y a rien à faire ; l’enseignement, c’est d’abord une affaire de relations humaines.
Michel Huot, socio. CBA

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