lundi 12 mars 2012

Les cours Transdisciplinaires, une suite à l’article du 30 janvier 2012

Je voudrais élargir la réflexion à l’égard des trois cours transdisciplinaires en sciences humaines, MQ, IPMSH et DIASH[1]. Le 30 janvier est paru un article sur IPMSH et DIASH.  Plusieurs commentaires sont parus à la suite de cet article.
Cette réflexion que j’apporte exprime mon opinion basée sur une expérience à enseigner et à appliquer, de 20 ans dans le cours de MQ et de plus de 12 ans pour les deux autres cours, IPMSH et DIASH. Ce sont des cours que j’enseigne régulièrement et que je considère essentiel dans le programme. Chaque cours a son utilité propre. L’application du contenu de chaque cours doit être mise au premier plan dans l’enseignement et l’apprentissage de ce contenu.
Pour situer le lecteur[2], au Cégep de Sherbrooke, le cours de MQ est offert en première année (à l’automne pour une moitié des étudiants et à l’hiver, pour l’autre moitié de la cohorte annuelle), le cours d’IPMSH se donne à la troisième session et enfin, le cours de DIASH, à la dernière session. Ce cours est également le cours porteur de l’Épreuve-synthèse de programme.  C’est la séquence que nous retrouvons dans le curriculum du programme à ce cégep.

Cours de MQ

Débutons d’abord par le cours de MQ. Ce cours existe depuis l’automne 1991 au Cégep de Sherbrooke. C’est un cours d’application de méthodes quantitatives reliées à des contextes de sciences humaines.  Ce cours est nécessaire et utile pour tout étudiant en sciences humaines.  À tous les jours, nous sommes confrontés à des données chiffrées sous diverses formes dans les médias (version papier ou électronique).  Il est important de comprendre la signification de ces données pour connaître leurs implications dans nos vies et parfois, dans certaines décisions gouvernementales ou autres, être capable de faire preuve de jugement critique.
L’application est essentielle dans ce cours mais j’irai plus loin dans ma réflexion, dans chaque cours du programme à toutes les fois où des données chiffrées sont utilisées dans les exemples apportés par les professeurs des disciplines (géographie, sociologie, économique, politique, etc.).  Si l’enseignant disciplinaire n’utilise jamais de données chiffrées, le cours de MQ reste pour l’élève un cours n’ayant aucune utilité, complètement à part du programme.  Je trouve cela très dommage.  Pour les professeurs qui enseignent ce cours, il est facile de mettre en application les notions présentées.
À l’automne 1991, j’ai eu la chance de donner le cours et j’ai mis mes étudiants en contexte d’application : jumelage avec un professeur de géographie pour l’analyse et la création d’un indice d’aménagement. Par la suite, plusieurs autres applications ont eu lieu à divers niveaux : implication locale (Service d’orientation, Service du socioculturel, Comité Environnement) ou régionale (arrondissement 05 de la Ville de Sherbrooke, Université de Sherbrooke, etc.).

Il ya plusieurs organismes communautaires qui n’ont pas les moyens financiers d’engager un responsable d’enquête pour sonder les besoins de leur clientèle. Je considère que ce cours peut servir à combler ce besoin.  Les étudiants n’ont pas à établir nécessairement un questionnaire ou une problématique comme dans le cours d’IPMSH.  D’ailleurs, l’organisme connaît bien ses problématiques et peut déjà établir ses besoins en termes de questionnaires. Pour un organisme, ce qui peut être plus long concerne la saisie, le traitement et l’analyse statistique.  Ces étapes correspondent à l’application des éléments de compétence 2 et 3 de ce cours.  Il peut arriver que la phase collecte de données paraisse longue mais, si l’organisme dispose d’une équipe de bénévoles, cette étape peut se réaliser grâce à leurs efforts, tout dépendant de la technique d’échantillonnage utilisée.

Cours d’IPMSH
Passons au cours d’IPMSH. Une des visées du cours est de faire le processus complet d’une recherche, de l’idée du thème de recherche jusqu’à sa diffusion.  Encore, ici, les aspects pratiques doivent prévaloir. Il faut garder en tête que ce cours se veut une initiation pratique aux méthodes dans les  sciences humaines. Le cours ne vise pas à faire de l’étudiant un spécialiste d’un domaine précis des sciences humaines mais plutôt permettre un survol des différentes techniques qui existent. Selon ce qui revient le plus souvent dans les volumes d’IPMSH, ces techniques sont l’observation, l’entrevue, le questionnaire, l’analyse de contenu, l’analyse statistique (ou de séries chiffrées) et l’expérimentation.  Idéalement, l’étudiant devrait les mettre en application non pas obligatoirement dans une recherche complète mais simplement ce que je nomme en faire une application partielle.  Par exemple, mettre l’étudiant en situation d’observation participante.  Je m’explique.  Je fais cette activité avec des gens de la francisation, les étudiants vont participer aux activités du groupe de francisation sans connaître à l’avance les activités prévues. Je les mets dans un contexte où chacun joue le rôle d’un anthropologue.  L’étudiant participe à ce qui se passe et ensuite au retour, il note ses observations par rapport à certaines dimensions.  Par la suite, je fais suivre cette activité par l’application d’une analyse de contenu des observations notées.

À l’université, lorsque l’étudiant sera dans son programme terminal, il devra suivre un cours de statistiques, de méthodes quantitatives et/ou de méthodologie dont le contenu, les méthodes et techniques seront directement en lien avec sa spécialisation. Ce n’est pas la visée du cours d’IPMSH.

Cours de DIASH
Pour le cours de DIASH, l’image qui me vient à l’esprit est l’équivalent d’un étudiant en techniques qui a un stage.  L’étudiant a à démontrer qu’il possède les compétences inhérentes à sa technique.  Dans les programmes préuniversitaires, la finalité est la préparation à l’université. L’étudiant doit donc démontrer qu’il possède les compétences (connaissances, habiletés et attitudes) pour réussir des études universitaires.  Mais quelles sont ces compétences me direz-vous ? C’est un autre débat fort intéressant dont je soumets quelques idées à la fin de ce texte d’opinion.


Selon moi, le cours de DIASH doit se faire seul pour le projet d’intégration. De plus, j’affirme que ce cours devrait avoir comme résultat la lettre R (pour réussite) ou E (pour échec) et non pas une note.  Un étudiant qui obtient 60 % en DIASH n’a pas atteint les compétences nécessaires pour l’université.  Il lui manque des éléments de compétences essentiels, au moins les 2/5 dans ce cas-ci. C’est comme un chirurgien qui opère un patient. Il doit couper pour ouvrir, faire l’opération et recoudre.  Pour être compétent, il doit maîtriser les trois actes professionnels. Sinon, il manque quelque chose à sa fonction.

Toujours concernant le cours de DIASH, à mon collège, il y a deux types de projets possibles : un projet de recherche empirique ou un projet appliqué.  Selon le plan cadre, pour que le projet d’intégration soit accepté, l’étudiant doit effectuer des liens entre au moins trois disciplines du programme et démontrer la pertinence du projet en fonction de son orientation ou encore de l’utilité sociale de ce dernier.  Le projet de recherche empirique consiste à la production d’un rapport écrit.  Des étudiants nomment parfois ce cours IPMSH 2.  Pour les projets appliqués, l’étudiant doit aller dans un milieu de pratique, aller rencontrer un spécialiste du domaine et bien d’autres choses. Souvent un projet appliqué va permettre à l’étudiant de confirmer ou d’infirmer son choix vocationnel.  Il n’en fait pas un spécialiste mais avec le support (obligatoire) d’une personne-ressource (un spécialiste reconnu dans le domaine), le projet appliqué lui permet de baigner dans son futur milieu professionnel. 

Voici deux exemples de projets appliqués qui ont eu lieu à l’automne 2011, session où j’avais trois groupes en DIASH.  Prenons le cas d’une étudiante qui se dirigeait en orthopédagogie.  L’étudiante a conçu un guide pratique s’adressant aux parents d’enfants nécessitant les services d’un orthopédagogue.  Elle a réalisé son guide et l’a fait évaluer par une orthopédagogue qui travaille à l’enseignement primaire et donne de la formation aux parents.  Ce projet a permis de confirmer l’orientation de cette étudiante.  Un autre cas est celui d’une étudiante qui voulait poursuivre des études universitaires en orientation.  Elle a produit un jeu de mémoire ayant pour but de faire prendre conscience aux jeunes filles qu’il existe plusieurs métiers qui s’offrent à elles et qui sont intéressants.  Elle a présenté son jeu devant trois classes de filles de secondaire V, elle a recueilli leurs opinions.  Au préalable, elle avait soumis son jeu de mémoire à la conseillère d’orientation de l’école en question.  À la fin du projet, cette étudiante a modifié son choix d’orientation, elle a décidé de poursuivre des études dans le domaine des relations de travail plutôt que comme conseillère d’orientation.

À présent, je reviens aux compétences utiles pour l’université. Selon moi, ces compétences s’expriment surtout en termes d’habiletés et d’attitudes.  La liste que je vous présente est celle issue du plan cadre de DIASH 2002 au Cégep de Sherbrooke.  Les habiletés et attitudes sont : la recherche d’information, l’utilisation des outils de communication par internet, l’utilisation d’un logiciel de présentation, la capacité d’analyse et de synthèse, la capacité de formuler un raisonnement cohérent, la capacité d’appliquer des savoirs à l’analyse de situations, la gestion du temps, la pensée et le jugement critique, la capacité de réfléchir sur sa pratique, l’autonomie, la créativité, le sens de l’éthique, la capacité à recevoir la critique, la maîtrise du français écrit, la capacité d’expression orale en français et la capacité à comprendre un texte en anglais.

Cette liste ne prétend pas être exhaustive. Aucune mention n’est faite des connaissances (savoirs) utiles pour l’université.  Ces connaissances acquises varient d’un profil à l’autre dans le programme de sciences humaines et celles attendues par les programmes universitaires vont dans le même sens.
Pour terminer, je considère que le cours de DIASH devrait nous permettre de mesurer le degré d’atteinte (sur une échelle qualitative) ou non de chaque élément précédent, qu’il soit rattaché au bilan, au transfert ou à la métacognition.

Ginette Bousquet, M.Sc.
Professeure de géographie et de méthodologie
Cégep de Sherbrooke


[1] MQ signifie Méthodes quantitatives en sciences humaines; IPMSH, Initiation pratique à la méthodologie en sciences humaines ; DIASH, Démarche d’intégration des acquis en sciences humaines.
[2] Le masculin inclut également le féminin dans ce texte.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire