lundi 21 novembre 2011

C'est lundi; on jase ... de la qualité du français de nos étudiants

Je viens de finir une grosse série de corrections d'un texte de 750 mots portant sur un sujet sociologique particulier. Je ne suis pas en mesure d'affirmer hors de tout doute que la qualité du français écrit diminue chez les étudiants collégiens mais j'en ferais une hypothèse de recherche à vérifier objectivement. Il me semble qu'il y a dégradation.


Je ne suis pas découragé mais inquiet! Je dirais que, dans mes groupes, environ un tiers des étudiants éprouve de sérieuses difficultés d'écriture. Ils ne font pas de paragraphes, font des fautes d'orthographe à la pelletée sans parler des fautes d'accord... Ils inventent une nouvelle orthographe à tous les 15 mots! J'ai remarqué des choses inquiétantes. Ainsi, plusieurs ne mettent plus de «e» muet à la fin des mots. Par exemple, islamiste est écrit islamist, propagandist, créationnist... C'est de l'anglais français, du franglais, je ne sais trop. L'anglais a tellement la cote! Des fois, j'ai l'impression que je suis ringard lorsque je parle de la qualité de la langue. Personne ne semble sans soucier. Tous le constatent mais, avec une certaine désaffection.

Non seulement la qualité de la langue me semble se dégrader, mais le fléau du plagiat s'étend aussi. J'ai facilement - sans me forcer, découvert 4 cas de plagiat flagrant parmi mes 155 copies.

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Je suis inquiet de voir que 33% de mes étudiants écrivent très mal. En sciences humaines, l'écriture est INCONTOURNABLE. Tu gagnes ta vie en écrivant et en parlant correctement. Nous ne sommes pas dans la culture populaire mais bien dans la culture savante! Mon travail, comme enseignant, c'est de les sortir de leur culture première et de les introduire à la culture seconde! Et le véhicule de la langue (parlée et écrite) doit être maîtrisé.

Le pire là-dedans, c'est que j'insiste beaucoup sur la qualité de l'écriture et que je sanctionne fortement la mauvaise qualité du français écrit. Je soustrais 10% de la note finale mais de plus, dans ma grille de correction, j'alloue des points pour la structure du texte. En fait, je me permets d'enlever 15% à la note finale pour la qualité de la langue. Mais ces lourdes sansctions ne semblent pas déranger les étudiants. J'en conclus donc - et c'est pourquoi je suis inquiet, qu'une grande proportion des étudiants se foutent totalement de la qualité de la langue. Il ne semble pas y avoir beaucoup de motivation intrinsèque de leur part. Et c'est peu dire...

Que faire alors ?
  • Se doter d'une politique départementale de la qualité du français; (J'espère que tous les départements ont une telle politique.)
  • Convaincre tous les profs qu'il faut être très sévère dans les corrections; (C'est un travail plus difficile à faire qu'on croit.)
  • Tenir un discours ferme sur la nécessité de savoir écrire;
  • Forcer les étudiants en difficulté de fréquenter le Centre d'aide en Français (CAF);
  • Tenter de les convaincre de la nécessité de bien écrire afin qu'ils se motivent eux-mêmes en leur for intérieur;
  • Se questionner sur la séquence des cours de français au niveau collégial. Ne devrait-on pas introduire dans la grille horaire un cours de grammaire française ?
Dans mon cégep, le Cégep Beauce-Appalaches, nous avons introduit dans la séquence des cours de français un cours de mise à niveau connu sous l’appellation «Ateliers de grammaire». Cette formule connaît un succès certain mais la problématique de la motivation des étudiants demeure entière. Je vous invite d'ailleurs à consulter ici la réflexion qu'a menée une prof de français du collège à propos de ces Ateliers. 

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N'ayez pas peur de nous confier vos pratiques d'amélioration de la qualité de l'écrit. Chaque collège a sa façon d'aborder ce problème. Le malheur, c'est qu'on connaît mal toutes ces pratiques.  Quant à mes collègues anglophones, devez-vous aussi gérer la problématique de l'écriture de la langue? Du côté de Molière, c'est difficile; qu'en est-il du côté de Shakespeare?
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Michel Huot, sociologie, Beauce-Appalaches

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