jeudi 20 février 2014

Des consultations bidon?


C’est avec étonnement que le réseau collégial a appris la semaine dernière que la question du cours d’histoire du Québec contemporain était réglée. En effet, une nouvelle « exclusive » de TVA titrait : L’histoire aux historiens.

http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives/2014/02/20140212-181410.html.

Cette nouvelle a immédiatement amené bon nombre de personnes œuvrant dans le réseau collégial à poser la question du sérieux des consultations présentement en cours dans les cégeps. Que penser du fait que des informations coulent dans les médias, alors que les consultations organisées par le ministère se terminent le 21 février? Quelle est la source de ce « scoop » obtenu par Mme Véronique Prince? Cela provient-il de l’entourage proche du ministre de l’Éducation? Quoi qu’il en soit, cette situation laisse un sentiment de « dés pipés » qui ne favorise pas une arrivée constructive de cet important changement à la formation des cégépiens. D’ailleurs, si l’on se réfère au projet de modification du Règlement sur le régime des études collégiales (RREC), publié la semaine dernière aux fins de consultations publiques, (http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=1&file=60977.pdf), on pourrait conclure que le point de vue de Mme Prince est fondé. On constate que la proposition actuelle d’amendement au RREC ajoute « histoire du Québec 2 unités » à la formation générale, ce qui semble confirmer l’affirmation de TVA. C’est à l’article 7 du RREC, qui décrit les composantes de la formation générale commune, que l’on ajoute l’élément « histoire du Québec ».

http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=3&file=/C_29/C29R4.HTM.

Étant donné que, dans les cégeps, l’expertise disciplinaire est généralement respectée, il semble de plus en plus évident que la partie est terminée, que ce sera effectivement un cours strictement d’histoire. Si à la suite des consultations publiques l’on maintient « histoire du Québec » dans le RREC, alors il est plus que probable que ce cours sera bel et bien réservé aux historiens.

Si l’analyse actuelle de la situation est juste, on note quelques incohérences assez surprenantes dans le processus de consultation mis en place par le Ministère. Par exemple, pourquoi avoir écrit « Études sur le Québec » dans le document de consultation qui circule dans les cégeps et écrire « histoire du Québec » dans la modification proposée au RREC? Pourquoi pose-t-on la question dans ce même document de « la ou les disciplines susceptibles de l’enseigner », si c’est déjà déterminé? Pourquoi aussi demander au réseau collégial de se prononcer sur la clarté de l’objectif et du standard du cours, si la modification prévue au RREC propose « histoire du Québec »? La consultation sur cette proposition de cours n'aurait-elle pas dû être réservée principalement aux historiens?
Une autre incohérence provient de l’objectif et du standard, tel qu’il a été conçu et libellé actuellement. La façon dont on a composé le groupe de travail qui l’a rédigé a généré de la confusion. On a inclus des éléments de compétences et des critères de performance faisant clairement appel à des expertises propres à la science politique, à la sociologie voire à d’autres sciences sociales. Il en a résulté un produit hybride qui reflète le caractère pluridisciplinaire du groupe de travail. Bien que la saveur clairement historique de l’énoncé de compétence soit peu contestée, il faudra en réajuster l’écriture pour que l’ensemble de ce projet soit plus directement relié à l’expertise des historiens, pour respecter également les expertises propres aux autres disciplines.

Par ailleurs, les problèmes d’embauche et de possibles mises à pied, posés par la FNEEQ et résumés brièvement par Le Devoir, http://www.ledevoir.com/societe/education/399844/une-autre-etape-franchie-vers-un-cours-d-histoire, demeurent entiers. Est-ce que le réseau collégial devra mettre à pied des professeurs expérimentés : politologues, géographes, anthropologues... pour embaucher des historiens? N’aurions-nous pas eu avantage, au collégial, à miser sur l’expertise variée des sciences sociales, déjà très présentes et bien ancrées dans les cégeps? N’aurait-il pas été tout aussi pertinent d’offrir des grilles de lecture disciplinaires diversifiées pour mieux comprendre le Québec contemporain? En outre, étant donné les incohérences dans le processus actuel d’élaboration du cours, est-il utile de proposer d’autres façons d’envisager son intégration au réseau collégial? Est-ce que l’on tiendra compte des analyses produites par ceux qui connaissent le mieux les caractéristiques et le fonctionnement du réseau collégial? Reste à espérer que le temps et le travail investis pour produire ces analyses n’aura pas été vain...

RSHCQ



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