lundi 13 mars 2017

La révision du programme de Sciences humaines au collégial: un enjeu de taille

La révision du programme de Sciences humaines suscite bien des questionnements chez ses professeurs, notamment quant à la méthodologie et aux résultats de l’enquête auprès des professeurs d’université. En janvier, Dominic Roy, du Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, a fait part de ses réserves sur les orientations souhaitées par les universités.
Maintenant, c’est un groupe de professeurs du Cégep Édouard-Montpetit qui prend l’initiative d’écrire au Ministère: le rapport des universités contient des lacunes méthodologiques importantes et ses conclusions ne devraient pas déterminer la direction à suivre pour conduire à la révision des Sciences humaines. N’hésitez pas à déposer vos propres commentaires à la suite de ce texte. Ce texte est également paru dans Le Devoir, le 24 mars.
 
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Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) travaille à la révision du programme de Sciences humaines au collégial. Ce programme est le plus fréquenté du réseau collégial. À titre d’exemple, au Cégep Édouard Montpetit, nous accueillons plus de 2000 étudiants.es en Sciences humaines, ce qui représente environ 30% de notre population étudiante totale.
 
La Direction de l'enseignement collégial public et privé (DECPP) a été mandatée pour mener ce projet à bien. Elle a commandé une étude dont les résultats ont été présentés l’automne dernier dans un document intitulé Le profil attendu par les universités de la part des diplômés du programme d’études préuniversitaires Sciences humaines. Cette étude présente les résultats d’un sondage réalisé auprès des départements de Sciences humaines, sociales et d’administration des universités québécoises. Rédigé avec l’objectif « d’établir le profil attendu par les universités de la part des diplômés du programme » (p. 4), ce document servira notamment au comité qui sera chargé d’examiner le programme actuel afin de faire des recommandations pour le réviser. Nous désirons vous faire part de certaines de nos réserves par rapport à ce document. Mis à part le mépris apparent que cette étude semble démontrer à l'égard de notre travail, nous sommes d'avis qu'elle n'est pas recevable et que la DECPP ne devrait pas en tenir compte dans la présente révision.
 
Une méthodologie insuffisante
Tout d’abord, nous constatons que le taux de réponse à ce sondage est plutôt faible (34,47%), ce qui est à notre avis plutôt inquiétant. Il l’est particulièrement pour les trois universités anglophones où un grand total de cinq répondants.es a participé au sondage, ce qui représente un taux de réponse de 8,77%. De plus, on ignore qui sont les répondants.es à ce sondage: professeurs.es, administrateurs.trices, directeurs.trices de département, secrétaires administratifs.ves ? Quelle crédibilité ont les résultats lorsque la participation est sur une base volontaire ? Est-ce que les personnes répondantes à ce sondage connaissaient bien le programme de Sciences humaines ? Étaient-elles au courant des différents profils entre les cégeps ? Hélas, nous n’en avons aucune idée et seul l’auteur semble détenir ces informations pourtant essentielles à l’interprétation des résultats. En plénière lors d’une présentation le 4 novembre 2016 à Saint-Augustin-de-Desmaures devant les coordonnateurs.trices de Sciences humaines de la province, celui-ci a explicitement refusé de fournir ces informations en se réfugiant derrière la notion de confidentialité.
 
L’importance de maîtriser des habiletés méthodologiques afin d’être préparé aux études universitaires est mise de l’avant dans ce rapport. Pour cette raison, nous offrons à l’auteur de l’étude de venir suivre les cours Initiation pratique à la méthodologie des sciences humaines (IPMSH) et Démarche d’intégration des acquis en sciences humaines (DIASH) dans lesquels nous enseignons à nos étudiants.es quelle méthode est la plus appropriée selon l’objectif recherché.
 
De fait, compte tenu des enjeux et de la visée de l’étude, il nous semble qu’il aurait été plus approprié d’utiliser une méthode de type descriptive.
 
Le manque de valorisation de la formation en Sciences humaines
Un autre problème important de l’étude est qu’elle considère comme homogène une population étudiante hétérogène. Pour entrer à l’université en Sciences humaines, il n’est pas obligatoire de détenir un DEC en Sciences humaines. Étonnamment, 92,86% des répondants.es à ce sondage affirment que la personne détentrice d’un DEC d’un autre programme est en mesure de réussir ses études dans un programme universitaire en Sciences humaines ou sociales. De plus, seulement 54,93% des répondants.es estiment que le DEC en Sciences humaines est celui qui prépare le mieux à l’université. Or, une partie des étudiants.es admis.es n’aura jamais bénéficié de cette formation, faute d’avoir obtenu un diplôme collégial en Sciences humaines ! C’est un problème fondamental. Il aurait fallu à tout le moins que les répondants.es puissent faire la distinction entre les étudiants.es qui ont suivi cette formation et les autres. C'est une faute méthodologique de taille.
 
Des attentes imprécises, voire utopiques
Un profil d’étudiant.e est donc attendu, mais qu’en est-il réellement ? Plusieurs éléments du rapport pointent du doigt un problème qui n’a pas de lien direct avec la formation offerte en Sciences humaines au cégep. La maîtrise de la langue et de la numératie sont nommées comme problématiques principales chez les étudiants.es universitaires. Pourtant, ils et elles ont bien réussi leurs examens de fin de secondaire. Des lacunes sont donc observées, mais est-il réaliste de pointer le réseau collégial comment étant seul responsable de cette situation ? D’autre part, des savoirs-être tels l’ouverture, la curiosité, l’esprit d’entraide, le respect, l’éthique, l’engagement et la rigueur sont nommés comme étant essentiels à la formation des étudiants.es en Sciences humaines. Nous sommes d’accord, ils sont importants et nous contribuons déjà à leur développement, notamment dans le cours porteur de l’épreuve synthèse en Sciences humaines. Mais est-ce la seule responsabilité des cégeps ? Comment opérationnaliser ces volontés spécifiquement, considérant qu’elles dépassent le cadre même de nos institutions ?
 
Une réelle mise en valeur
Les problèmes soulevés dans le document sont importants. Nous demandons à la DECPP de le considérer comme nul et de ne pas s'appuyer sur ses résultats dans la présente révision du programme des Sciences humaines.
 
Les professeurs.es de Sciences humaines au cégep sont bien outillés.es pour connaître les besoins des étudiants.es. La plupart d'entre nous détiennent une maîtrise ou un doctorat. Plusieurs font de la recherche. Nous reconnaissons qu’une solide formation en méthodologie est importante pour entreprendre des études universitaires. Mais cette méthodologie doit être particulièrement exemplaire lorsqu'on cherche à réviser un programme d'étude à l’échelle provinciale. Il aurait été souhaitable et fondamental que la DECPP nous consulte en amont de ce chantier si important. Nous espérons que cette révision ait lieu sur la base d'un savoir scientifique et d'une réelle mise en valeur des cégeps comme institutions d'enseignement.
 
Fait à Longueuil, le 20 février 2017
 
Ann Edwards
coordonnatrice du programme de Sciences humaines
et professeure d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
Christiane Mignault
professeure d’anthropologie, Cégep Édouard-Montpetit
Bruno Massé
professeur de géographie, Cégep Édouard-Montpetit
Hervé Genge
professeur de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
François Lalonde
professeur de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Valérie Blanc
professeure d’histoire, Cégep Édouard-Montpetit
Daniel Ayala
professeur d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
France L. Renaud
professeure d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
Jean-Pascal Larin
professeur de sciences politiques, Cégep Édouard-Montpetit
Martin Geoffroy
professeur de sociologie et directeur du Centre d’expertise
et de formation sur les intégrismes religieux, Cégep Édouard-Montpetit
Jean-Nicolas Pépin
professeur de mathématiques, Cégep Édouard-Montpetit
Nathalie Malo
professeure d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
Diane Bond
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Louise Bourbonnais
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Janie Duchesnau
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Josée Fiset
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Nathalie Fréchette
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Annie Guillemette
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Chantale Lavoie
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Anne Leblond
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Paul Morissette
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Line Rainville
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Emmanuelle Roy
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Sabine Sèvre Rousseau
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Jade Vandenbossche-Makombo
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Diane Venne
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Johanne Yorksie
professeure de psychologie, Cégep Édouard-Montpetit
Stéphanie Chatigny
professeure d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
Éveline Bousquet
professeure d’histoire, Cégep Édouard-Montpetit
Lysanne Couture
professeure de sociologie, Cégep Édouard-Montpetit
Mikhaël Dupuis
professeur d’économie, Cégep Édouard-Montpetit
Marie Wright-Laflamme
professeure de sociologie, Cégep Édouard-Montpetit
Louis Roy
professeur d’anthropologie, Cégep Édouard-Montpetit
Manuel Sépulvéda
professeur d’anthropologie, Cégep Édouard-Montpetit
Louis Lafrenière
professeur d’histoire, Cégep Édouard-Montpetit
Luc Giroux
professeur d’histoire, Cégep Édouard-Montpetit

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