mardi 18 avril 2017

Des nouvelles de l’enquête sur la réforme du programme Sciences humaines (1 de 3)

L’enquête auprès des professeurs et coordonnateurs du réseau (menée par un comité du RSHCQ formé lors de l’assemblée générale de juin dernier) va bon train. Les résultats seront dévoilés graduellement, au fur et à mesure de l’analyse des résultats. Dans ce premier billet, la dernière section du questionnaire, celle portant sur les souhaits concernant la réforme sera présentée sommairement. Dans un deuxième billet, nous présenterons les résultats concernant les cours de méthodologie et l’épreuve synthèse. Un troisième billet fera état des résultats concernant les buts et les compétences du programme.

D’entrée de jeu, il faut dire que 49 collèges ou centre collégiaux ont répondu au questionnaire. Au total, nous avons reçu 54 réponses (certains collèges ayant fait parvenir plus d’une réponse). En outre, 17 réponses ont été le fruit de discussions réalisées en groupe dans ces collèges. Cette tentative de dégager des consensus locaux augmente significativement la pertinence de ces réponses. Nous avons obtenu des réponses des collèges des régions et des grands centres, de tailles variées, de cégeps anglophones et de cégeps privés. Nous espérions au moins une réponse par collège et notre stratégie a fonctionné. Ceci dit, l’intention derrière cette enquête est d’abord de soutenir la réflexion et les débats en clarifiant ce qui fait consensus et ce qui est objet de litige... Ces résultats devraient contribuer à étayer la discussion nationale, mais surtout, à soutenir les discussions locales, là où les problèmes d’opérationnalisation du programme génèrent le plus de tensions et d’enjeux à négocier.

Le comité ministériel chargé de réfléchir à la réforme et de mettre en relation le profil attendu des universités (voir le rapport Belleau) proposera son analyse d’ici la fin de la session. Il est urgent d’obtenir une vision plus claire des attentes exprimées par les professeurs et coordonnateurs.

Une refonte mineure, mais pas cosmétique !
Étant donné le travail effectué présentement par nos collègues du groupe de travail ministériel, la réponse à la question 47 de l’enquête : « Quelle ampleur devrait prendre la refonte en cours? » constitue un indicateur significatif du niveau de changement attendu. Une forte majorité des participants (81 % ou 34 répondants) ont répondu qu’ils préfèreraient une refonte mineure et une douzaine de répondants ne se sont pas prononcés. Même si la signification de « refonte majeure ou mineure » n’était pas précisée, l’opinion exprimée laisse entrevoir une satisfaction significative envers des éléments importants du programme actuel. Cependant, plusieurs aspects du programme sont aussi à bonifier et des changements significatifs sont attendus.

La perception des points forts du programme offre un bon aperçu des attentes envers la réforme. En gros, on apprécie clairement sa transdisciplinarité (ou multidisciplinarité). L’approche programme est maintenant considérée comme une force. La diversité disciplinaire du programme est également appréciée. L’aspect scientifique ressort très clairement comme un atout majeur. On apprécie également la progression méthodologique. La séquence initiation-approfondissement-application-enrichissement est aussi jugée assez pertinente; on signale cependant qu’elle pourrait être organisée différemment, en fonction de la taxonomie de Bloom, par exemple. Les buts généraux et le tronc commun disciplinaire sont aussi jugés positivement. On apprécie grandement la flexibilité et la diversité du programme : flexibilité dans les disciplines représentées, diversité de l’offre de cours, liberté de contenu pour les enseignants, sorties sur le terrain et partenariats avec le milieu quand cela s’y prête.

Réécriture des compétences du programme et renforcement de sa cohérence
Pour ce qui est des éléments à bonifier, les idées sont nombreuses. Parmi les plus fréquemment mentionnées, la méthodologie et la rigueur occupent une place de choix : amélioration des contenus, ajout d’heures de cours, insistance sur la rigueur intellectuelle et l’esprit critique. On signale fréquemment la nécessité d’accroître la cohérence du programme en améliorant la cohérence entre les buts, les compétences, les énoncés et les critères. On mentionne aussi la cohérence entre les cours du programme. On souhaite manifestement une réécriture des compétences et des éléments de compétences en portant une attention particulière au niveau taxonomique et à la clarté. D’autres idées émergent de ce questionnement : reformuler, clarifier et rehausser le niveau des compétences; mettre en valeur les cours « 300 »; mieux contribuer à la culture générale; favoriser un bon arrimage des compétences avec le secondaire et les universités, tout en maintenant l’autonomie et la spécificité de l’enseignement collégial.

Certains mentionnent que l’offre de cours pourrait être revue, les profils également. Les thématiques « citoyenneté et mondialisation » pourraient être exploitées davantage, d’autres mentionnent que ce but général est peut-être désuet… On suggère aussi de réduire l’importance des disciplines et d’augmenter l’importance des enjeux à traiter. Une formation des étudiant.e.s présentant des parcours assouplis, qui les prépareraient bien aux études universitaires, demeure une fonction majeure du programme.

Valorisation du programme, hausse de sa qualité, maîtrise de langue
La valorisation du programme auprès du public, des collègues des cégeps et auprès des universités est souvent mentionnée comme bonification souhaitée. Une hausse de la qualité est aussi souhaitée. Un élément soulevé occasionnellement par les répondants, mais qui est une condition nécessaire au désir de renforcer les aspects rigueur, sens critique et culture générale du programme est celui de la maîtrise de la langue (lecture, écriture, numéracie). Les étudiant.e.s du programme Sciences humaines écrivent beaucoup. Ils développent une approche scientifique des problèmes et cela se reflète dans la production de travaux longs, typiques de la plupart des programmes universitaires liés aux sciences humaines. Cet aspect de la bonification du programme s’invitera inévitablement parmi les éléments de réflexion de la présente refonte.

Autres aspects soulevés
En vrac : éviter le déchirement entre disciplines; favoriser plus d’équité; développer l’approche « orientante »; revoir la pondération théorie/ travail à la maison; se soucier des étudiant.e.s avec des besoins particuliers ou des parcours atypiques; éviter le virage « service aux entreprises »…

En somme, l’enquête indique que les professeurs souhaitent une mise à jour et un remaniement du programme, bien qu’ils en soient assez satisfaits. Les aspects à bonifier les plus fréquemment mentionnés : une clarification des libellés de compétence, une valorisation du programme, un rehaussement de sa qualité, le maintien et la bonification de ses principaux atouts : science, méthodologie, rigueur, esprit critique, maîtrise la langue…

Les professeurs de sciences humaines ont une longue expérience de la pratique de l’enseignement et de leurs disciplines. Ils vivent au quotidien les joies et les problèmes de l’enseignement et de la mise en application du programme. Au-delà des résultats, notre enquête démontre que, lorsque le temps et l’espace leur sont donnés, les professeurs ont une analyse pertinente de leur programme et ils sont en mesure d’apporter une contribution fondamentale à la réforme en cours. Nous espérons que tout l’espace et le temps nécessaires leur seront accordés pour contribuer à la réflexion patiente qu’exige une telle réforme.

Claire Denis, Chantale Lagacé, Michel Huot
Membres du Comité « Enquête » pour le RSHCQ

Aucun commentaire:

Publier un commentaire