lundi 26 mars 2012

L’ÉCOLE DANS LA RUE – CÉGEP ÉDOUARD MONTPETIT

Dans un geste destiné à signifier sans équivoque leur soutien au mouvement contre la hausse de droits de scolarité et aux étudiants de leur Cégep en grève depuis plus trois semaines, les enseignants d’Édouard-Montpetit organisent une occupation pacifique de la rue De Gentilly, où ils installeront une salle de classe à ciel ouvert en bordure de leur institution.

Pour cet événement tenu sur la voie publique afin de symboliser leur attachement aux principes d’une école accessible, gratuite et ouverte à tous, les enseignants convient étudiants, collègues et citoyens à participer en grand nombre à un cours et une discussion sur l’avenir et les enjeux de l’éducation publique au Québec. Il s’agira notamment de rappeler que la grève actuelle des étudiants, loin de se limiter à la seule revendication de l’amélioration de l’accessibilité aux études supérieures pour la jeunesse, sert aussi de catalyseur au désir largement répandu dans la population québécoise d’offrir une résistance à la désintégration sociale qu’entraînent les politiques clientélistes et discriminatoires promues par le Gouvernement libéral.

Cette classe hors-les-murs, à laquelle participeront notamment les auteurs Alain Denault et Éric Martin, fins analystes des attaques subies par les services publics au Québec et dans le monde, aura lieu mercredi le 28 mars 2012 à 12h00. Cette manifestation à saveur pédagogique et politique, tenue avec la collaboration des services policiers de la Ville de Longueuil, se terminera par un petit barbecue en plein-air.

Contact :
Sébastien Bage, enseignant au département de cinéma du Cégep Édouard-Montpetit,
514-8442301
450-679-2631, poste 5760


dimanche 25 mars 2012

La pédagogie de la soumission. Démocratie, néolibéralisme et hausse des droits de scolarité.

Extraits d’une conférence prononcée pour l’Association Étudiante du Cégep de Sherbrooke, le 31 janvier 2012.
Qu’est-ce que l’éducation ? Quel type d’éducation voulons-nous nous offrir ? Quel mode d’accès à l’éducation privilégions-nous ? Voilà des questions fondamentales et pourtant éludées par de nombreux tenants de la hausse des droits de scolarité. À l’analyse, on comprend pourquoi : sans doute seraient-ils bien en peine de justifier leur conception anti-démocratique de la société. 

La promesse démocratique et les élites

C’est un fait historique aussi indéniable que mal connu : les élites ont toujours détesté la démocratie. Et avec raison.


Moins une réalité tangible qu’un principe, une exigence, voire une promesse, la démocratie est une critique en acte d’un ordre social inlassablement oligarchique, fondé sur le pouvoir de quelques-uns. La promesse démocratique, c’est la possibilité pour n’importe qui de participer au débat concernant les finalités collectives du partage des responsabilités et des pouvoirs, et cela, indépendamment de sa place, de son rôle, de sa fonction dans les diverses hiérarchies qui, toujours, organisent les sociétés.
Que quelqu’un se manifeste, non en tant que ceci ou en tant que cela, selon sa place dans l’ordre social, selon sa naissance, ses titres, ses compétences, mais en tant que n’importe qui ? Les élites de toute nature n’ont jamais pu tolérer cette insolence.

La détestation néolibérale de la démocratie

La détestation de la démocratie par les élites a porté plusieurs noms. Aujourd’hui, elle se nomme « néolibéralisme ». Plus qu’un ensemble disparate de propositions à caractère économique (libre-échange, déréglementation, privatisation, tarification des services publics, etc.), le néolibéralisme reconduit d’abord et avant tout une certaine conception de l’être humain réduit au statut d’individu, surgit de nulle part, auto-fondé et auto-créé, qui ne doit rien aux autres ni à personne, et qui doit être encouragé à faire valoir ses intérêts personnels privés.
Dans l’esprit néolibéral, nous ne sommes conséquemment jamais n’importe qui. Nous ne sommes jamais des citoyens et des citoyennes. Nous ne sommes que cet individu-ci, doté de ses intérêts propres, situé quelque part dans un ordre social donné – des chefs d’entreprise ou des travailleurs, des clients ou des vendeurs, des contribuables ou des consommateurs.

De l’un à l’autre, la conclusion est claire : la politique néolibérale n’a pas pour principe la participation populaire, mais la protection des droits individuels privés. C’est l’État de droit. Au nom des finalités poursuivies par les oligarchies de l’argent, l’encouragement et la protection de la liberté individuelle d’entreprendre, la participation démocratique doit être limitée – c’était le mot d’ordre de l’économiste autrichien Friedrich Von Hayek, lequel affectionnait particulièrement ce qu’il nommait la « dictature libérale » de Pinochet !

Une pédagogie de la soumission : un type d’éducation

La hausse des droits de scolarité, qu’est-ce d’autre qu’une des modalités de l’inscription dans la société de cette conception néolibérale de l’être humain et de l’organisation sociale ; une des modalités à la fois de limitation de la démocratie et de production d’un être humain parfaitement adéquat à la logique du néolibéralisme ?

Pour les néolibéraux, il ne suffit plus de réorienter les interventions de l’État pour leur faire servir d’autres finalités que la démocratisation de la société. Il faut aussi, en même temps, façonner des individus incapables de formuler des exigences de démocratisation, des individus formés à se concevoir eux-mêmes sur le modèle de l’entreprise, modelés eux-mêmes par les valeurs de l’entreprenariat. Bref, il faut mettre en place ce que nous pouvons bien nommer une pédagogie de la soumission.
Pour cela, il faut transformer l’éducation et ses finalités. C’est ce que l’on nomme l’économie du savoir : transformer les institutions scolaires en organisations qui délivrent un produit, l’éducation comme marchandise ; transformer les producteurs mêmes de ce « produit » en entrepreneurs du savoir à commercialiser ; enfin, transformer le rapport entre les organisations du savoir, les producteurs du savoir et le monde économique. On retrouve là la fameuse et répétitive formule de l’arrimage du monde de l’éducation et du marché du travail. Du coup, la mission de démocratisation de l’éducation dont se réclament par ailleurs nos institutions perd son sens.
La démocratisation de l’éducation ne peut signifier autre chose que l’accès élargi à une formation qui fournit aux individus les conditions d’une participation autonome au monde, indépendamment de leur place dans l’organisation sociale et économique – en tant que travailleurs ou travailleuses, par exemple. C’est ce « indépendamment de leur place » qui est remis en cause. C’est la démocratie

Une pédagogie de la soumission : un mode d’accès à l’éducation

La mise en place d’une pédagogie de la soumission, c’est aussi l’inscription au cœur même des modalités d’accès à l’éducation du mécanisme central du fonctionnement de la société néolibérale : l’endettement ou la menace d’endettement.
On dit que l’éducation est un bien qui profite à l’individu-consommateur de ce bien, que celui-ci devrait payer pour le consommer et ainsi considérer son endettement comme un investissement sur soi. Tout cela est très juste… du point de vue qui fait de l’individu un acteur économique réduit à ses intérêts personnels privés. Du point de vue de la promesse démocratique, cependant, l’endettement ne sert d’aucune façon à l’individu en tant que citoyen.

Non seulement l’endettement entretient le cycle économique par lequel se produisent et se reproduisent les inégalités de richesse, mais aussi, l’endettement ou la menace d’endettement constitue précisément ce qui confine les individus dans un mode de vie conforme avec la logique du remboursement de leur dette (orientation contrainte de leurs décisions en matière de choix de vie personnels, scolaires, professionnels ; attachement et docilité au travail, etc.) C’est un processus de normalisation des comportements, un processus d’ajustement de la moralité individuelle à la rationalité néolibérale : l’obligation de faire des choix en fonction des seuls critères de rendement et dans son propre intérêt immédiat. Avec ce que cela implique de rupture des liens de solidarité et avec ce que cela implique de stress, d’insatisfaction à l’égard de sa vie, de sentiment d’impuissance – toutes choses qui sont à la base des principaux problèmes sociaux.

En cela, la transformation de l’éducation et de ses finalités selon une conception néolibérale de la société est un véritable apprentissage de la non-démocratie. Une véritable pédagogie de la soumission.

Une lutte pour la démocratie

La lutte contre la hausse des droits de scolarité est donc plus qu’une lutte contre la hausse des droits de scolarité : c’est une lutte pour la démocratie. Et pour ce qui la rend possible. Une lutte pour un certain type d’éducation et pour un certain mode d’accès à l’éducation qui permettent non pas la reproduction des oligarchies en place et de l’ordre économique qui les porte, mais la formation d’individus de plus en plus aptes à la participation sociale et politique. Cette idée, les élites la détestent, comme toujours.

Jean-François Fortier

Professeur de sociologie

Cégep de Sherbrooke



lundi 12 mars 2012

Les cours Transdisciplinaires, une suite à l’article du 30 janvier 2012

Je voudrais élargir la réflexion à l’égard des trois cours transdisciplinaires en sciences humaines, MQ, IPMSH et DIASH[1]. Le 30 janvier est paru un article sur IPMSH et DIASH.  Plusieurs commentaires sont parus à la suite de cet article.
Cette réflexion que j’apporte exprime mon opinion basée sur une expérience à enseigner et à appliquer, de 20 ans dans le cours de MQ et de plus de 12 ans pour les deux autres cours, IPMSH et DIASH. Ce sont des cours que j’enseigne régulièrement et que je considère essentiel dans le programme. Chaque cours a son utilité propre. L’application du contenu de chaque cours doit être mise au premier plan dans l’enseignement et l’apprentissage de ce contenu.
Pour situer le lecteur[2], au Cégep de Sherbrooke, le cours de MQ est offert en première année (à l’automne pour une moitié des étudiants et à l’hiver, pour l’autre moitié de la cohorte annuelle), le cours d’IPMSH se donne à la troisième session et enfin, le cours de DIASH, à la dernière session. Ce cours est également le cours porteur de l’Épreuve-synthèse de programme.  C’est la séquence que nous retrouvons dans le curriculum du programme à ce cégep.

Cours de MQ

Débutons d’abord par le cours de MQ. Ce cours existe depuis l’automne 1991 au Cégep de Sherbrooke. C’est un cours d’application de méthodes quantitatives reliées à des contextes de sciences humaines.  Ce cours est nécessaire et utile pour tout étudiant en sciences humaines.  À tous les jours, nous sommes confrontés à des données chiffrées sous diverses formes dans les médias (version papier ou électronique).  Il est important de comprendre la signification de ces données pour connaître leurs implications dans nos vies et parfois, dans certaines décisions gouvernementales ou autres, être capable de faire preuve de jugement critique.
L’application est essentielle dans ce cours mais j’irai plus loin dans ma réflexion, dans chaque cours du programme à toutes les fois où des données chiffrées sont utilisées dans les exemples apportés par les professeurs des disciplines (géographie, sociologie, économique, politique, etc.).  Si l’enseignant disciplinaire n’utilise jamais de données chiffrées, le cours de MQ reste pour l’élève un cours n’ayant aucune utilité, complètement à part du programme.  Je trouve cela très dommage.  Pour les professeurs qui enseignent ce cours, il est facile de mettre en application les notions présentées.
À l’automne 1991, j’ai eu la chance de donner le cours et j’ai mis mes étudiants en contexte d’application : jumelage avec un professeur de géographie pour l’analyse et la création d’un indice d’aménagement. Par la suite, plusieurs autres applications ont eu lieu à divers niveaux : implication locale (Service d’orientation, Service du socioculturel, Comité Environnement) ou régionale (arrondissement 05 de la Ville de Sherbrooke, Université de Sherbrooke, etc.).

Il ya plusieurs organismes communautaires qui n’ont pas les moyens financiers d’engager un responsable d’enquête pour sonder les besoins de leur clientèle. Je considère que ce cours peut servir à combler ce besoin.  Les étudiants n’ont pas à établir nécessairement un questionnaire ou une problématique comme dans le cours d’IPMSH.  D’ailleurs, l’organisme connaît bien ses problématiques et peut déjà établir ses besoins en termes de questionnaires. Pour un organisme, ce qui peut être plus long concerne la saisie, le traitement et l’analyse statistique.  Ces étapes correspondent à l’application des éléments de compétence 2 et 3 de ce cours.  Il peut arriver que la phase collecte de données paraisse longue mais, si l’organisme dispose d’une équipe de bénévoles, cette étape peut se réaliser grâce à leurs efforts, tout dépendant de la technique d’échantillonnage utilisée.

Cours d’IPMSH
Passons au cours d’IPMSH. Une des visées du cours est de faire le processus complet d’une recherche, de l’idée du thème de recherche jusqu’à sa diffusion.  Encore, ici, les aspects pratiques doivent prévaloir. Il faut garder en tête que ce cours se veut une initiation pratique aux méthodes dans les  sciences humaines. Le cours ne vise pas à faire de l’étudiant un spécialiste d’un domaine précis des sciences humaines mais plutôt permettre un survol des différentes techniques qui existent. Selon ce qui revient le plus souvent dans les volumes d’IPMSH, ces techniques sont l’observation, l’entrevue, le questionnaire, l’analyse de contenu, l’analyse statistique (ou de séries chiffrées) et l’expérimentation.  Idéalement, l’étudiant devrait les mettre en application non pas obligatoirement dans une recherche complète mais simplement ce que je nomme en faire une application partielle.  Par exemple, mettre l’étudiant en situation d’observation participante.  Je m’explique.  Je fais cette activité avec des gens de la francisation, les étudiants vont participer aux activités du groupe de francisation sans connaître à l’avance les activités prévues. Je les mets dans un contexte où chacun joue le rôle d’un anthropologue.  L’étudiant participe à ce qui se passe et ensuite au retour, il note ses observations par rapport à certaines dimensions.  Par la suite, je fais suivre cette activité par l’application d’une analyse de contenu des observations notées.

À l’université, lorsque l’étudiant sera dans son programme terminal, il devra suivre un cours de statistiques, de méthodes quantitatives et/ou de méthodologie dont le contenu, les méthodes et techniques seront directement en lien avec sa spécialisation. Ce n’est pas la visée du cours d’IPMSH.

Cours de DIASH
Pour le cours de DIASH, l’image qui me vient à l’esprit est l’équivalent d’un étudiant en techniques qui a un stage.  L’étudiant a à démontrer qu’il possède les compétences inhérentes à sa technique.  Dans les programmes préuniversitaires, la finalité est la préparation à l’université. L’étudiant doit donc démontrer qu’il possède les compétences (connaissances, habiletés et attitudes) pour réussir des études universitaires.  Mais quelles sont ces compétences me direz-vous ? C’est un autre débat fort intéressant dont je soumets quelques idées à la fin de ce texte d’opinion.


Selon moi, le cours de DIASH doit se faire seul pour le projet d’intégration. De plus, j’affirme que ce cours devrait avoir comme résultat la lettre R (pour réussite) ou E (pour échec) et non pas une note.  Un étudiant qui obtient 60 % en DIASH n’a pas atteint les compétences nécessaires pour l’université.  Il lui manque des éléments de compétences essentiels, au moins les 2/5 dans ce cas-ci. C’est comme un chirurgien qui opère un patient. Il doit couper pour ouvrir, faire l’opération et recoudre.  Pour être compétent, il doit maîtriser les trois actes professionnels. Sinon, il manque quelque chose à sa fonction.

Toujours concernant le cours de DIASH, à mon collège, il y a deux types de projets possibles : un projet de recherche empirique ou un projet appliqué.  Selon le plan cadre, pour que le projet d’intégration soit accepté, l’étudiant doit effectuer des liens entre au moins trois disciplines du programme et démontrer la pertinence du projet en fonction de son orientation ou encore de l’utilité sociale de ce dernier.  Le projet de recherche empirique consiste à la production d’un rapport écrit.  Des étudiants nomment parfois ce cours IPMSH 2.  Pour les projets appliqués, l’étudiant doit aller dans un milieu de pratique, aller rencontrer un spécialiste du domaine et bien d’autres choses. Souvent un projet appliqué va permettre à l’étudiant de confirmer ou d’infirmer son choix vocationnel.  Il n’en fait pas un spécialiste mais avec le support (obligatoire) d’une personne-ressource (un spécialiste reconnu dans le domaine), le projet appliqué lui permet de baigner dans son futur milieu professionnel. 

Voici deux exemples de projets appliqués qui ont eu lieu à l’automne 2011, session où j’avais trois groupes en DIASH.  Prenons le cas d’une étudiante qui se dirigeait en orthopédagogie.  L’étudiante a conçu un guide pratique s’adressant aux parents d’enfants nécessitant les services d’un orthopédagogue.  Elle a réalisé son guide et l’a fait évaluer par une orthopédagogue qui travaille à l’enseignement primaire et donne de la formation aux parents.  Ce projet a permis de confirmer l’orientation de cette étudiante.  Un autre cas est celui d’une étudiante qui voulait poursuivre des études universitaires en orientation.  Elle a produit un jeu de mémoire ayant pour but de faire prendre conscience aux jeunes filles qu’il existe plusieurs métiers qui s’offrent à elles et qui sont intéressants.  Elle a présenté son jeu devant trois classes de filles de secondaire V, elle a recueilli leurs opinions.  Au préalable, elle avait soumis son jeu de mémoire à la conseillère d’orientation de l’école en question.  À la fin du projet, cette étudiante a modifié son choix d’orientation, elle a décidé de poursuivre des études dans le domaine des relations de travail plutôt que comme conseillère d’orientation.

À présent, je reviens aux compétences utiles pour l’université. Selon moi, ces compétences s’expriment surtout en termes d’habiletés et d’attitudes.  La liste que je vous présente est celle issue du plan cadre de DIASH 2002 au Cégep de Sherbrooke.  Les habiletés et attitudes sont : la recherche d’information, l’utilisation des outils de communication par internet, l’utilisation d’un logiciel de présentation, la capacité d’analyse et de synthèse, la capacité de formuler un raisonnement cohérent, la capacité d’appliquer des savoirs à l’analyse de situations, la gestion du temps, la pensée et le jugement critique, la capacité de réfléchir sur sa pratique, l’autonomie, la créativité, le sens de l’éthique, la capacité à recevoir la critique, la maîtrise du français écrit, la capacité d’expression orale en français et la capacité à comprendre un texte en anglais.

Cette liste ne prétend pas être exhaustive. Aucune mention n’est faite des connaissances (savoirs) utiles pour l’université.  Ces connaissances acquises varient d’un profil à l’autre dans le programme de sciences humaines et celles attendues par les programmes universitaires vont dans le même sens.
Pour terminer, je considère que le cours de DIASH devrait nous permettre de mesurer le degré d’atteinte (sur une échelle qualitative) ou non de chaque élément précédent, qu’il soit rattaché au bilan, au transfert ou à la métacognition.

Ginette Bousquet, M.Sc.
Professeure de géographie et de méthodologie
Cégep de Sherbrooke


[1] MQ signifie Méthodes quantitatives en sciences humaines; IPMSH, Initiation pratique à la méthodologie en sciences humaines ; DIASH, Démarche d’intégration des acquis en sciences humaines.
[2] Le masculin inclut également le féminin dans ce texte.

lundi 27 février 2012

Que valent les Sciences humaines pour les bailleurs de fonds de la recherche universitaire? 7.8 %... scandaleux, insultant… et on accepte cela!








Pour ceux d’entre vous qui croient que les sciences humaines ont une grande importance pour le savoir de l’humanité, voyez quelle place lui est faite par l’université de la recherche… 

http://www.youtube.com/watch?v=eOU7am_A2Fc&feature=related


Si vous n’étiez pas convaincus que les sciences humaines doivent être défendues et promues… voici un argument massue pour illustrer le statut que l’on réserve à ces sciences… Les universités sont devenues de grosses écoles techniques où votre expertise n’a de l’intérêt que si l’entreprise privée peut faire de l’argent grâce à vous… Pourtant, la définition même de ce qu’est une université contient l’idée de savoir universel… de transmission et de développement des connaissances humaines. Une université digne de ce nom devrait veiller à accroître les connaissances dans tous les domaines du savoir. En outre, les défis fondamentaux de l’humanité ne sont pas reliés à des problèmes techniques… mais plutôt à des comportements trop humains sur les plans psychologique, politique et social. On continue de tabler sur l’idée que le progrès et la technologie arrangeront tout… alors que les nouvelles technologies ne contribuent que marginalement à relever les défis de notre temps (lorsqu’elles ne contribuent pas à les aggraver)... Nous avons besoin des sciences humaines plus que jamais!
Personnellement, je suis outrée devant cet état de situation inqualifiable… Il est assez choquant également de penser que, ceux et celles qui oseront étudier à grands frais dans des domaines dits « de recherche fondamentale » auront, à terme, des salaires moins élevés! Leurs études coûtent aussi cher… sont peu respectées et débouchent sur des emplois moins payants!!! Et on veut les faire payer davantage tout en continuant de financer grassement l’université de la recherche plus appliquée, plus payante à court terme, au détriment de l’université du savoir et de l’enseignement… À long terme, je demeure convaincue que nous nous tirons collectivement dans le pied, pas seulement parce que la science ne sert plus qu’à l’enrichissement de certains, mais surtout parce que les véritables innovations risquent de provenir de là où on ne les attend pas. De surcroit, lorsqu’on sait comment ces fonds de recherche sont utilisés… comment il existe peu de collaboration entre les acteurs œuvrant sur un même terrain de recherche, ce choix de société est d’autant plus désolant.

Y en a marre!

Claire Denis, cégep de Sherbrooke

lundi 20 février 2012

Nouvelles des activités du MELS reliées au programme Sciences humaines


Le MELS : pasde  révision du programme envisagée à court terme
Pour ceux qui souhaitent prendre l’habitude de s’intéresser au programme de Sciences humaines sur le plan provincial, voici quelques nouvelles des activités en cours de réalisation cette année. L’an dernier, comme tous les ans, le Comité-conseil pour ce programme a défini un mandat pour la responsable du Comité des enseignants, à réaliser avec le soutien du fonctionnaire responsable de ce programme. Le mandat planifié à l’origine par le MELS était chargé (voir p. 9 du compte rendu de la réunion du Comité-conseil du 29 avril 2011**). Une conjoncture particulière, liée aux prises de retraite et aux mouvements de personnel, a forcé des réajustements importants. Notamment, le projet d’une enquête sur les difficultés d’intégration aux études collégiales des étudiantes et étudiants en Sciences humaines, sur le plan de la lecture et de l’écriture, risque fort de se voir considérablement amputé, étant donné le peu de ressources que l’on compte y consentir. Le MELS vit également à l’heure des compressions budgétaires… (vieille rengaine et impression de déjà vu…).  Ce projet est encore en gestation et, à terme, si les compressions ne l’envoient pas aux poubelles de l’histoire, le MELS devrait faire appel à quelques professeurs, en provenance de cégeps volontaires, pour participer à sa réalisation. Également, un relevé des mesures exemplaires d’aide à la réussite destinées aux étudiantes et étudiants présentant des difficultés d’apprentissage a été  reporté sine die…

En dehors de cela, un rapport sur la façon dont le programme prend en charge les visées de la formation collégiale est en construction. En 2007, lors des travaux d'actualisation de la formation générale, un groupe, composé de professionnels du Ministère et d'enseignants du collégial, a mené une réflexion pour tenter de discerner la spécificité de la formation à l’ordre collégial. Ces réflexions ont abouti à une vision élargie de l'approche programme. Trois visées de la formation collégiale et cinq compétences communes ont ainsi été définies. Il est prévu que tous les programmes des cégeps devront démontrer que ces visées collégiales sont effectivement prises en charge dans le cadre des cours de la formation spécifique. La réponse à cette commande a fait grincer quelques dents…

Bref,  le travail sur notre programme national s’effectue selon ce que le Comité-conseil estime opportun de réaliser à un moment donné. Il ne semble pas y avoir de révision du programme envisagée à court terme. Cependant, les libellés de plusieurs compétences ont été retravaillés. La compétence associée au cours d’Histoire de la civilisation occidentale a été modifiée de même que les compétences 22N, 22R, 22S et 22U (initiation, approfondissement, application et enrichissement). Vous auriez intérêt, dans votre collège, à vous en inspirer, si vous devez retravailler vos cours. Ces nouveaux libellés restent optionnels, puisqu’ils n’ont pas obtenu la sanction ministérielle, mais nous avons été autorisés à les utiliser. Vous les trouverez dans un des rapports rattachés au compte rendu de la réunion du Comité-Conseil du 29 avril dernier (voir la liste des rapports ci-dessous).  
 
Si vous souhaitez en connaître plus sur les activités du MELS en lien avec le programme Sciences humaines, une collègue du Cégep Gérald-Godin m’a fait parvenir une liste de liens pour consulter différents rapports produits depuis 2008. Cette liste est reproduite ci-dessous. Voici d’abord  un lien pour retracer tous les travaux présentés au Comité-conseil des Sciences humaines au fil des ans :
 
Claire Denis
Responsable du Comité des enseignants pour le programme Sciences humaines.

jeudi 16 février 2012

L'INTÉGRATION KA ÇA DONNE!

Edgar Morin
"Connaître et penser, ce n'est pas arriver à une vérité absolument certaine, c'est dialoguer avec l'incertitude.

…toute connaissance est une reconstruction/traduction par un esprit/cerveau dans une culture et un temps donné. "(Edgar Morin)





Selon le Petit Robert, le terme intégration signifie, entre autre, l' incorporation de nouveaux éléments à un système. Si l'on applique cette définition au cours d'Intégration on pourrait alors le définir ainsi: incorporer un ensemble de concepts déjà assimilés à un autre ensemble de concepts également assimilés. La nouveauté se situe au niveau des relations pouvant être établies entre les ensembles de concepts. Intégrer prend ici plus particulièrement le sens de réaliser une série plus où moins complexe d'opérations telles que d'établir des liens, d'assimiler, d'unifier, et de comparer, des concepts. Intégration dans le sens également d'avoir atteint un niveau de compétence dans le champ des sciences humaines; compétence qui peut se traduire par un certain nombre de savoirs, de savoir être et de savoirs faire. Une compétence est un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être qui sont activés lors de la planification et de l'exécution d'une tâche donnée.

Le cours d'Intégration est une occasion unique pour l'étudiant de poser une réflexion sur ses connaissances, de développer son jugement critique, d'affiner ses processus cognitifs (analyse, synthèse, pensée divergente, convergente, etc..) et de cultiver certaines attitudes lui permettant de reconsidérer ses perceptions, d'atteindre un niveau de confiance de flexibilité et d'ouverture dans son expression orale et écrite. Comme le souligne si bien Jankélévitch :

"Toute ma vérité ici-bas n'est-elle pas de me sentir exister dans l'estime, l'opinion et la confiance des autres"

Et cette vérité ne réside-t-elle pas dans une sentiment de compétence s'appuyant sur la capacité de remanier une réalité de façon économique par l'entremise de savoirs, de savoirs faire et de savoirs-être. Vérité permettant à l'étudiant de ne plus aborder les situations comme des catastrophes imprévisibles ou des frustrations insupportables mais comme des moments de ruptures, de remise en ordre du réel qui font de la vie un aventure unique pour chacun de nous.

La notion de savoir-être implique des dimensions telles que l'expression, les attitudes, et la métacognition .

L'expression, premier niveau du savoir-être, (être en mesure de se manifester et de "sentir exister dans l'estime, l'opinion et la confiance des autres") suppose un espace intérieur de sensations, c'est à dire un lieu de re/présentation de ces sensations (perception). Lorsque cet espace de représentation disparaît, l'individu peut se retrouver en état de psychose ou "d'acting out". L'expression a comme point d'encrage le rythme et donne accès au regroupement.

Le rythme est probablement la première manifestation de l'expression et de la coordination (le mouvement, le balancement, la danse etc.). Sans régulation il devient étourdissement, douleur, cri; cependant, avec la régulation, c'est à dire avec la capacité de l'organiser, de le structurer, il se nuance, il se définit, il crée des mélodies, des airs, des façons de faire et d'être différentes de celles des autres. Chacun possède son propre rythme, intimement lié à l'expression et à l'émotion. On sait à quel point un changement de rythme de vie peut affecter l'expression et à quel point l'émotion peut affecter le rythme (cardiaque, respiratoire). C'est notre capacité d'organiser (regroupement) notre rythme qui nous mènera vers l'expression.

Le regroupement est une fonction permettant des opérations logiques et analogiques telles que l'inclusion, l'exclusion, la comparaison, la généralisation, et la métaphore. Penser est en quelque sorte avoir la capacité de regrouper des rythmes Avec l'arrivée du regroupement, l'expression peut être anticipée, imaginée, synthétisée, remodelée et crée.

L'expression est le fondement de l'identité; c'est la capacité de se manifester, de se dire, de s'aménager un espace intérieur de réflexion, et de la partager avec les autres. Elle permet de moduler notre corps, nos émotions, notre discours.; elle permet également développer un savoir être en relation avec soi, avec les autres et avec le monde. Les moyens pour y parvenir peuvent être nombreux mais nous situerons les notre davantage au niveau de l'introspection et du partage de l'information entre étudiants. Il est cependant important de souligner que sans l'intégration de certaines attitudes, l'expression peut se figer ou être totalement inconvenante..

L'attitude se réfère à une disponibilité de l'esprit permettant l'atteinte de certains buts tels que la flexibilité, l'ouverture d'esprit, la confiance, la curiosité. L'attitude est une disposition que possède l'individu à choisir tel ou tel type de comportement en relation avec le souvenir agréable ou non d'une expérience passée. L'attitude est un facteur important de la motivation; elle est en grande partie responsable de l'activation de la motivation. Les attitudes que nous avons énumérées seront fortement encouragées, soulignées, et elles feront l'objet de réflexions propre au développement de la métacognition.

La métacognition suppose un espace de représentation intérieur, permettant de se re/présenter les processus mis en jeu lors d'une résolution de problèmes. Elle a pour but d'élargir le champ de conscience de l'apprenant et donc sa capacité à réutiliser ce qu'il sait dans des contextes différents. La métacognition se traduit par les opérations mentales mises en oeuvre lors d'un apprentissage; c'est en quelque sorte un savoir sur son savoir qui permet la modélisation d'une compétence. Nous présenterons certains moyens permettant de développer la métacognition.

Nous avons donc envisagé différents procédés permettant à l'étudiant d'étendre des savoirs- être. Parmi ceux-ci, nous privilégions la tenue d'un journal de bord, s'ouvrant sur un récit d'apprentissage. Le récit d'apprentissage permet à l'étudiant de toucher aux trois dimensions des savoirs être: l'expression, les attitudes, et la métacognition. Lors de cet exercice, l'étudiant doit se remémorer un apprentissage qui lui a été très significatif expliquer en quoi il l'a été (les facteurs facilitants) ainsi que les conséquences intrinsèques et extrinsèques de cet apprentissage. L'étudiant comparera les conditions et les moyens facilitateurs qui ont mené à cet apprentissage à sa situation d'étudiant. Il pourrait être également intéressant d'ouvrir une discussion lors de laquelle les étudiants pourraient relater leurs expériences et en faire part aux autres. Un exercice de synthèse permettrait de cerner les aspects importants d'un apprentissage significatif.

Le journal de bord, devrait être un outil de base, un confident dans lequel l'étudiant projette ses attentes, ses réflexions, ses frustrations, ses critiques. Il servirait de réflexion suite à des discussions de groupes.

Le développement d'un savoir-être implique un certain degré de motivation, un montage et un rodage. La motivation comporte un engagement émotif et cognitif de la part des intéressés. Elle est la bougie d'allumage de tout le processus et son activation ne peut que se faire par l'étudiant. Bien sûr que nous pouvons créer les conditions optimales pour cette activation et c'est ici qu'intervient le montage: c'est en quelque sorte le cadre, l'environnement, la logistique. La capacité de créer un sentiment d'appartenance où chaque individu y trouvera sa place est une condition essentielle au développement de la compétence et de l'estime de soi.

Il ne reste plus par la suite qu'à effectuer le rodage et ajuster nos interventions, nos orientations et nos évaluations en fonction de nos réflexions et des feed-back des étudiants.

Nous sommes conscient de l'importance pour un étudiant de développer une compétence par le biais de savoirs, de savoir-faire et de savoirs-être; de développer par le fait même un sentiment de compétence, s'appuyant sur une motivation à l'accomplissement élevée, et sur une capacité d'expression personnelle dans le respect de soi et des autres. Apprendre à nos étudiants à développer un savoir en relation avec soi, les autres et le monde. Savoir être en mesure de recevoir l'Autre, de partager un espace intérieur de sensation, un espace intérieur de représentation, être en mesure se re/présenter les connaissances par le biais de la symbolisation et la conceptualisation.

Charles Martin

Prof de Psychologie et coordonnateur du Département des Sciences humaines du Cégep de Lévis Lauzon

dimanche 12 février 2012

À mettre dans votre agenda : une journée d’étude du RSHCQ sera tenue le vendredi 25 mai

Bilan provisoire de la première année d’existence du RSHCQ
À mettre dans votre agenda : une journée d’étude du RSHCQ sera tenue  le vendredi 25 mai

Le Réseau des sciences humaines des collèges du Québec (RSHCQ) est une association volontaire très jeune fondée le 24 mai 2011. Dès sa fondation, le RSHCQ a toujours tenté de poursuivre les objectifs suivants :



  1. Procurer aux membres un lieu de valorisation, de défense et de promotion des sciences humaines dans les cégeps, au ministère et auprès du grand public.
  2. Favoriser et promouvoir, dans le contexte de l'enseignement des sciences humaines dans les collèges, un processus éducatif de qualité.
  3. Faciliter les échanges entre ses membres et servir de liaison.
  4. Assurer une représentation auprès des organismes publics et du grand public.
Pour poursuivre ces objectifs, le premier exécutif de l’association s’est doté d’un plan stratégique en trois points :
  1.  Bâtir une liste d’envoi (mailing-list) de tous les profs enseignant au sein du programme de sciences humaines. Évidemment, cette liste n’est pas complète mais elle est tout de même très volumineuse. De plus, elle touche à presque tous les collèges québécois où le programme de schum est offert. Nous tentons continuellement de la mettre à jour et d’accroître notre présence dans tous les collèges.
  2. Communiquer à partir d’un blogue avec les enseignants. Nous alimentons donc le blogue d’un contenu portant spécifiquement sur le programme comme tel. Nous faisons bien attention de ne pas empiéter sur les contenus disciplinaires pour ne pas nuire aux associations. Nous considérons que cet outil de communication nous donne une excellente vitrine. D’ailleurs, nous avons en moyenne entre 1200 et 1600 visites par mois.
  3. Susciter le dialogue entre enseignants. Vos commentaires et vos billets sont publiés systématiquement. Et nous constatons aujourd’hui une amorce d’échange. Mais notre plein potentiel n’est certainement pas atteint.
Nous considérons que nous avons atteint les trois objectifs que nous nous étions fixés dans notre plan. Nous en sommes à analyser la situation. Deux constats s’imposent à nous.
1)      Nous avons eu jusqu’à maintenant une participation honnête de votre part. Nous recevons des commentaires toutes les semaines. Nous avons des profs qui nous ont soumis des billets forts pertinents d’ailleurs. Mais nous cherchons à faire croître votre participation. Pourquoi? Parce que vous êtes sans l’ombre d’un doute les yeux et les oreilles les plus alertes pour mesurer les forces et les faiblesses du  programme. Et, depuis la parution du blogue, nous avons constaté que le programme de schum n’était pas géré de la même façon d’un collège à l’autre. Nous avons parfois l’impression que nous vivons sur des planètes différentes. Vos commentaires nous surprennent beaucoup en ce sens. On en est venu à la conclusion que la réalité-collège se fragmentait de plus en plus. Nous voulons certainement creuser davantage cette conclusion préliminaire. Est-ce vraiment le cas?
2)      Pour répondre à cette question de façon plus formelle et objective, nous avons décidé d’organiser une journée d’étude. Nous avons choisi la date du vendredi 25 mai, soit exactement un an après la fondation officielle du Réseau. Nous voyons dans l’organisation de cette journée une opportunité extraordinaire d’échanger ensemble sur l’état de notre programme. Nous voudrions développer cette  journée d’étude autour de trois axes de discussions :
1.      Dans votre collège, quels sont vos rapports avec la formation générale?
·         Obtenez-vous une coopération adéquate de la part des disciplines de la formation générale? Vous consultent-elles? Êtes-vous obligé de tenir compte des acquis de la formation générale dans votre épreuve synthèse de programme? Etc.
2.      Dans votre collège, comment organisez-vous les cours transdisciplinaires?
·         Qui donne les cours de Méthodes quantitatives? DIASH est-il chez vous le cours porteur de l’ÉSP? IPMSH est-il donné par une discipline particulière? Voyez-vous réellement toutes les méthodes de recherche durant le cours? Dans quelle séquence présentez-vous les cours transdisciplinaires dans les grilles horaires? Etc.
3.      Comment sont déployés vos cours complémentaires dans vos collèges?
·         Les disciplines des sciences humaines offrent-elles des cours complémentaires? Les étudiants de sciences humaines ont-ils le droit de suivre des cours complémentaires issus des sciences humaines? Les cours complémentaires ont-ils vraiment leur place dans le programme de sciences humaines, compte tenu du fait qu’il s’agit d’un programme déjà passablement éclaté? Etc.
La logistique de cette journée d’étude est encore à bâtir. Nous avons pensé la tenir dans la région de Montréal. Y a-t-il un collège volontaire pour offrir gratuitement ses locaux? Comme nous n’avons pas encore de membres en bonne et due forme, nos finances sont à zéro. Notre trésorier administre 0 cenne! Il n’a pas encore fait d’erreur de calcul ;) Sérieusement, nous tiendrons aussi durant cette journée notre assemblée générale. Il sera temps de voir comment bâtir un membership avec une cotisation raisonnable. Nous en profiterons aussi pour faire le point sur les relations que nous voulons entretenir avec les associations disciplinaires. Ensemble, nous serons plus fort que chacun de son côté.
Nous vous reviendrons rapidement avec une invitation formelle et un plan détaillé de la rencontre.
Entretemps, faites-nous part de vos préoccupations. N’hésitez pas à nous proposer des sujets de discussion. Commentez nos billets. N’ayez pas peur de participer. Plus vous participerez, plus nous serons dynamiques. Plus nous aurons la capacité d’agir sur notre programme.
Bien à vous.
Michel Huot, sociologie, CBA

mercredi 8 février 2012

Une réflexion perspicace sur la fonction de l'éducation!

Un petit «youtube» de 12 minutes qui fait réfléchir! Partout en Occident, les systèmes d'éducation publique sont sous pression. Comment les réformer? Dans quel but? Des enjeux fondamentaux sous-tendent ces réformes. À regarder.

La traduction française ici:


L'original en anglais ici:

lundi 6 février 2012

L’approche programme en Sciences humaines : ça sert à quoi?

D’abord un peu d’histoire…
Depuis la naissance des cégeps, les départements d’enseignement ont constitué le mode organisationnel privilégié dans les cégeps. D’un côté, il y a les programmes techniques qui s’articulent autour d’un département maître d’œuvre du programme et de l’autre, les programmes préuniversitaires, composés dans la plupart des cégeps d’un nombre variable de départements d’enseignement. En Sciences humaines, ces départements sont constitués d’une seule discipline ou en regroupent quelques-unes, lorsque le nombre de professeurs est insuffisant.  Dans les petits cégeps, lorsqu’il y a un département de Sciences humaines, il rassemble la plupart des disciplines de la formation spécifique, un peu comme dans les programmes techniques. À ces départements disciplinaires se greffe la formation générale, elle aussi articulée en différents départements : français, philosophie, éducation physique et anglais. La formation complémentaire, issue de divers départements, complète ce tableau. 
Le choix du mode organisationnel départemental institué à l’origine des cégeps était un calque du  modèle universitaire. Or, cette manière de construire les programmes d’enseignement dans les collèges a eu quelques effets pervers, surtout au préuniversitaire. C’est probablement le programme Sciences humaines qui a été le plus affecté par cette situation. Voici quelques problèmes fréquemment soulevés, en ce qui a trait à l’organisation des cégeps en départements d’enseignement.
L’intégration de la formation générale et complémentaire au programme d’enseignement
La formation générale (F.G.) constitue une portion importante des programmes d’enseignement. Elle est souvent citée comme l’élément qui donne la couleur aux cégeps et qui traduit le mieux la spécificité de cette institution. En Sciences humaines, elle constitue environ 45 % de la formation.  Conséquemment, c’est une dimension quantitativement très importante de ce parcours collégial. Les reproches adressés historiquement à la formation générale portaient principalement sur sa tendance à fonctionner parallèlement aux programmes d’étude. En outre, certains programmes techniques ont reproché à la F.G. les taux d’échec de leurs étudiants.  D’autres encore auraient apprécié davantage de soutien et de collaboration de la part de la F.G. ou des cours qui colleraient mieux à leur programme. L’idée d’adapter les cours aux différents programmes a été mal reçue par plusieurs professeurs de F.G. Ils y voyaient une atteinte à leur autonomie professionnelle et aussi un risque de dénaturer le sens de la F.G. Ils étaient réticents à adapter leurs cours aux attentes particulières des programmes, car cela aurait notamment pour effet d’alourdir et de compliquer grandement leur tâche.  En ce qui a trait à Sciences humaines, certains se plaignaient du recoupement entre les contenus disciplinaires de sciences humaines et ceux des cours de philosophie, notamment. Bref, une formation générale importante dans tous les programmes, mais qui a fini par ressembler quelque peu à une école dans une école... 
Un programme qui présente un problème de sens pour les étudiantes et étudiants
Lorsque l’on se place du point de vue d’un étudiant ou d’une étudiante en Sciences humaines et que l’on examine son horaire, on risque de voir apparaître une succession de cours avec peu de liens entre eux… Un programme qui n’a de sens que pour les plus « intellectuels» d’entre eux, les « bollés » qui s’intéressent à tout ou presque. Or, nous savons pertinemment qu’une portion significative de nos étudiants ne manifeste pas un intérêt spontané pour le travail intellectuel… C’est à nous de tenter de les gagner à la chose... En outre, en formation spécifique, tout comme en F.G., les cours présentent un fil conducteur ténu. Chacune des disciplines de sciences humaines comporte un bagage théorique important et bien distinct. Comment les amener à faire des liens entre la psychologie, l’économie, la géographie? Ajoutez à cela les cours complémentaires obligatoires, où on leur propose des choix qui ne les intéressent pas toujours, la formation en Sciences humaines est si diversifiée qu’on pourrait presque la qualifier d’éclatée…  En fait, ce sont les professeurs de français qui sont généralement les plus présents dans notre programme... et parfois les professeurs de mathématiques dans le profil administration ou encore dans les profils « avec maths » qui subsistent… Les cours de psychologie sont parfois au même nombre que les cours de français.  Par ailleurs, l’une des critiques formulées fréquemment par les étudiantes et étudiants en Sciences humaines : un programme trop général, pas assez concret. Nos étudiants s’inscrivent dans un programme et non pas dans un département en particulier, comme à l’université. Heureusement, dans les profils, on arrive parfois à augmenter quelque peu la cohérence du programme… Tous ces cours en provenance de disciplines et de départements différents sont assurément une excellente chose pour obtenir une vision large de plusieurs champs disciplinaires et aussi pour la culture générale de ceux qui en bénéficient… Or, cette façon d’organiser le programme en fait-elle un parcours cohérent, efficace et stimulant? 
Une source de conflits d’identité et de tensions
La conception disciplinaire de l’enseignement collégial a fait en sorte que les professeurs s’identifient d’abord à leur département d’enseignement et surtout, à leur discipline de formation. Cette situation, assez compréhensible, a pour conséquence de laisser le programme des Sciences humaines orphelin… surtout dans les gros cégeps… On a un boulot grâce à lui, mais on ne développe pas un sentiment d’appartenance très fort envers lui… sans compter diverses tensions susceptibles de se produire entre départements pour l’obtention des cours transdisciplinaires, par exemple.
Un programme au leadership diffus
Dans les programmes techniques, les professeurs sont largement responsables de veiller à la qualité de la formation et au suivi du programme. Au préuniversitaire, dans les cégeps où l’on retrouve plusieurs départements, quelle instance est chargée de veiller à la santé et au développement du programme? Est-ce uniquement une responsabilité de la direction alors que, dans les programmes techniques, cette responsabilité est largement assumée pas les enseignants eux-mêmes? Qui prend la direction de la pédagogie, de veiller à rendre les programmes cohérents, pertinents, intéressants, attrayants pour les étudiantes et étudiants? Dans le modèle départemental conçu à l’origine, ces responsabilités professionnelles risquaient fort de tomber dans quelques interstices...
Les remèdes apportés au fil des ans…
Pour tenter de rendre plus cohérente la formation collégiale, au fil des ans, diverses idées ont été avancées ou mises à l’essai : des cours de français, d’anglais et de philosophie propres au programme, l’approche programme, les comités de programme… Ces idées n’ont pas fait un consensus spontané et n’ont pas été forcément bien accueillies. Lorsque l’on a proposé l’idée d’une approche programme, le modus vivendi construit autour des départements s’en trouvait ébranlé. La compréhension que l’on avait des cégeps et des programmes également. On craignait notamment de voir la F.G. subordonnée aux impératifs des programmes et qu’elle soit obligée d’adapter ses cours à chacun des programmes. Les départements perdaient une partie de leur pouvoir au profit des programmes.
Les comités de programme ont été institués pour tenter de concrétiser l’approche programme. Cette idée rencontre encore aujourd’hui de la résistance et les départements demeurent la pierre angulaire des programmes, surtout dans les gros cégeps. Au plan syndical, la résistance s’est organisée autour de demandes de ressources additionnelles pour actualiser les mandats confiés à ces comités. Cela fait environ 10 ans que les comités de programme existent et un nombre significatif de professeurs n’en voient toujours pas très bien l’utilité, les perçoivent comme des réunions ennuyeuses ou les ignorent tout simplement… Il est probable que les ressources peu importantes qu’on y a consenties expliquent partiellement cet état de fait.  Force est de constater que, au quotidien, l’approche programme est demeurée une vue de l’esprit, particulièrement dans les gros cégeps. L’intégration de la formation générale au programme reste difficile et les échanges entre les départements demeurent occasionnels, peu structurés ou inexistants en dehors des comités de programme. Il est notamment complexe d’intégrer l’approche programme au quotidien. Le risque pour Sciences humaines, c’est de demeurer un programme avec un leadership faible où les véritables problèmes rencontrés par le personnel enseignant ou par les étudiantes et étudiants restent traités à la pièce, sans vison d’ensemble… La main gauche ignore ce que fait la droite et chacun réinvente le bouton à quatre trous… Les comités de programme demeurent mal compris, l’approche programme mal intégrée, alors qu’ils sont essentiels pour permettre une concertation significative. Quelques cégeps dynamiques, petits ou articulés en de solides profils, semblent réussir à contourner cette difficulté structurelle. Par exemple, dans mon cégep, une équipe de pédagogie concertée a fait en sorte que des professeurs de plusieurs disciplines travaillaient ensemble pour superviser les apprentissages de leurs étudiantes et étudiants à une même session. Cette expérience, tenue à bout de bras par quelques professeurs, a malheureusement fini par s’étioler. Un autre cégep a expérimenté une forme d’organisation où les professeurs de la formation générale et ceux de la formation spécifique partagent les mêmes bureaux… Ces initiatives restent souvent méconnues ou instables et auraient avantage à être mieux soutenues ou diffusées.
Le programme des Sciences humaines a besoin, tant au niveau local qu’au niveau provincial, de revoir ses pratiques et de réfléchir aux nombreux défis qui s’annoncent : la diminution des inscriptions, les besoins de nos étudiantes et étudiants, les conditions d’exercice de la profession, la qualité de la formation, la cohérence de nos interventions, le rayonnement du programme… Un programme cohérent et motivant contribuera à maintenir son attrait et à améliorer son image… Des jeunes qui choisissent les sciences humaines par goût et parce qu’ils sont convaincus d’y obtenir une formation de grande qualité, voilà certes l’une des clés pour réfléchir à la situation. Une approche programme intégrée dans la pratique quotidienne des cégeps, doublée d’une concertation en réseau, pour nous enrichir mutuellement et pour veiller à la santé du programme et des cégeps pourraient constituer des pistes de travail pour la suite de l’histoire…

Claire Denis
Cégep de Sherbrooke