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mardi 19 novembre 2013

Processus de mise au monde du cours sur le Québec en formation générale des cégeps


Pour ceux d’entre vous qui sont préoccupés par le processus de conception et d’implantation du cours d’histoire du Québec, voici comment, grosso modo, le Ministère (MESRST) compte procéder pour concevoir le cours, réfléchir aux problèmes liés à son implantation, organiser les consultations autour de ce projet et respecter l’échéancier qu’il s’est fixé pour son apparition dans tous les programmes des cégeps.

Comme vous l’avez probablement appris, l’équipe chargée d’élaborer l’objectif et le standard du cours a été sélectionnée et elle doit, en deux rencontres, donner son avis sur le projet ministériel. Par la suite, les résultats des travaux du groupe de travail seront présentés à la prochaine réunion du Comité-conseil de la formation générale prévue à la fin de novembre. Ce dernier a également pour mandat de réfléchir aux défis que posera l’intégration de ce cours à la formation générale. Plusieurs obstacles sont prévisibles et les directions des collèges devront s’y préparer.

Une consultation est ensuite prévue : chacun des cégeps pourra faire connaitre au Ministère le point de vue qui se dégage dans son milieu sur l’objectif et standard. On peut penser que la manière dont ces consultations s’effectueront variera selon la culture locale.

Par ailleurs, une réunion commune des Comités-conseils des programmes Sciences humaines, Histoire et civilisation et Sciences Lettres et Arts, qui ont tous des cours d’histoire au programme, est également prévue avant les fêtes. Par la suite, vraisemblablement en janvier, ce sera le tour du Comité d’enseignantes et d’enseignants en sciences humaines de se réunir pour en discuter.

Le projet exige aussi un amendement au Règlement sur le régime des études collégiales (RREC), qui sera affiché dans la Gazette du Québec, probablement en février. Cette modification doit faire l’objet de consultations publiques. La population sera consultée à ce moment. L’avis du Conseil supérieur de l’éducation sera également sollicité. Il rendra son rapport au cours de l’hiver qui vient.

Tout ce processus devrait être finalisé pour juin 2014 et les cégeps pourront théoriquement amorcer les travaux de mise en place de ce cours dès septembre prochain. Cet échéancier parait certes ambitieux et on peut se demander s’il est réaliste. Cependant, les enjeux autour de ce cours sont suffisamment importants pour prendre le temps de participer à l’une ou l’autre de ces consultations. Que l’on s’interroge sur la pertinence de ce cours, sur les effets de son implantation sur les programmes ou sur les étudiantes et étudiants ou encore sur la quasi-disparition des cours complémentaires, il apparait judicieux de contribuer à en renforcer la pertinence pour que ce changement à la formation générale des cégeps soit réussi.


Claire Denis
Cégep de Sherbrooke

dimanche 15 septembre 2013

Nouveau cours d'histoire au collégial: quels impacts sur le réseau?

Certes, on ne peut que se réjouir des nouvelles intentions du gouvernement Marois de valoriser l'enseignement de l'histoire nationale dans les cégeps. Au-delà du débat épistémologique entre les champs de l'histoire sociale et de l'histoire politique, l'ajout d'un cours sur le Québec contemporain répond à un besoin criant pour les jeunes adultes de connaître plus en profondeur les événements historico-politiques qui ont jalonné le Québec et qui influencent toujours la société québécoise. Cependant, la rapidité avec laquelle semble vouloir procéder le gouvernement minoritaire du PQ laisse entrevoir des difficultés sur les plans logistique et intellectuel.
 
Rappelons que le régime des études collégiales au Québec est à plusieurs égards unique, et que son objectif principal, contrairement aux études primaires et secondaires, ne réside nullement dans l'acquisition de compétences fondamentales comme lire, écrire et compter. Au contraire, les cégeps ont plutôt pour mandat d'offrir une solide formation de connaissances générales et spécifiques avec pour objectif de préparer les étudiants au marché du travail ou encore aux études universitaires. Cependant, peu importe le programme d'études, les étudiants doivent obligatoirement suivre des cours de formation générale (français, philosophie, anglais, éducation physique). C'est précisément là que le gouvernement veut insérer le nouveau cours sur le Québec contemporain.
 
Comme le mandat des cégeps est, entre autres, de développer une perspective critique et citoyenne grâce aux cours communs de formation générale, il y a lieu de s'interroger sur la pertinence d'adopter uniquement la perspective historique pour traiter des enjeux du Québec contemporain. Par exemple, ne serait-il pas intéressant, et plus logique, d'entrevoir la possibilité d'ouvrir ce nouveau cours à d'autres disciplines que celle de l'histoire proprement dite, et d'ainsi favoriser une diversité d'approches et d'intérêts qui cadre davantage avec les études dites supérieures. C'est d'ailleurs le modèle adopté dans le réseau des collèges anglophones du Québec où, rappelons-le, les différentes disciplines des sciences humaines offrent plusieurs cours de formation générale sous l'appellation de «humanities». Est-ce vraiment dans l'intérêt des étudiants de limiter l'étude du Québec contemporain à sa seule dimension historique, alors qu'ils ont déjà été initiés à l'histoire du Québec au primaire et au secondaire? Est-ce vraiment là le mandat des cégeps et des études supérieures? Voilà des questions qui méritent réflexion.
 
Des impacts significatifs

Parallèlement à ce débat de fond, il ne faut pas négliger non plus les nombreux écueils à la fois logistiques et administratifs. Procéder à une telle réforme, en toute vitesse, avec peu de consultations, relève presque de l'inconscience. Est-il réaliste d'ajouter un cours à la formation générale sans toucher à l'édifice complexe des différentes disciplines qui y enseignent? Rien n'est moins sûr, même si, pour des raisons politiques évidentes, le gouvernement veut éviter à tout prix d'ouvrir le débat sur la pertinence de certaines disciplines de formation générale. Pensons, entre autres, à l'anglais, qui relève davantage des compétences fondamentales, et qui devrait être normalement maîtrisé en amont aux cycles primaire et secondaire.
 
Jusqu'à présent, deux scénarios ont été évoqués par le gouvernement afin d'intégrer le cours sur le Québec contemporain à la formation générale. Dans un premier temps, le cours pourrait prendre la place d'un des deux cours complémentaires offerts à tous les étudiants du réseau collégial. Ce scénario, même s'il a pour avantage de ne pas toucher spécifiquement aux disciplines de formation générale, comporte néanmoins un risque important d'un point de vue administratif. C'est qu'en effet, les directions des collèges du Québec se servent souvent des cours complémentaires pour équilibrer l'offre des cours dans les différents programmes d'enseignement et répartir les tâches des départements. Intégrer un nouveau cours à la formation générale en touchant à la banque des cours complémentaires signifie automatiquement qu'il y aura plusieurs disciplines et départements qui perdront un nombre important de professeurs permanents et précaires. C'est le cas notamment de plusieurs disciplines du programme des sciences humaines, qui, rappelons-le, est le plus grand programme du réseau collégial.
 
Le deuxième scénario évoqué consiste à ajouter trois heures de plus à la formation obligatoire. Ce scénario a pour avantage de ne pas toucher aux disciplines qui enseignent déjà en formation générale, sans pour autant enlever la marge de manœuvre que procure l'offre des cours complémentaires dans la gestion des programmes d'enseignement. Par contre, elle pose d'autres problématiques tout aussi importantes. Il faut savoir que contrairement aux études universitaires, les études collégiales obligent les étudiants à suivre de 25 à 35 heures de cours par semaine. Ajouter trois heures de plus dans les programmes techniques et pré-universitaires aura forcément un impact significatif sur la réussite ou encore sur le prolongement des études collégiales. Cette situation pourrait amplifier un phénomène déjà alarmant, puisqu'environ 60 % des étudiants du réseau ne terminent plus leur Diplôme d'études collégiales dans les temps réglementaires.
 
À l'évidence, une réforme de l'ampleur proposée par le gouvernement ne doit se réaliser ni dans la précipitation, ni sans avoir une vision globale du réseau collégial. Espérons que sur ce dossier délicat, le gouvernement Marois n'avancera pas aussi rapidement que lors de son arrivée au pouvoir.
 
Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques et coordonnateur du programme Histoire et Civilisation
Cégep de Sherbrooke

lundi 29 avril 2013

À vos agendas! Le temps des colloques annuels est arrivé!

 Une fois la session terminée, plusieurs activités reliées à notre profession s’offrent à nous. Ces activités visent habituellement le perfectionnement pédagogique ou disciplinaire. En plus des colloques reliés à notre discipline d’enseignement, il y a les colloques de l’AQPC ou de l’ACPQ, bien organisés et de bon niveau. Ces rendez-vous annuels sont importants pour notre développement personnel et professionnel, pour le développement et le rayonnement de notre discipline d’enseignement et pour veiller sur les programmes dont nous sommes responsables. Il y a sans doute plusieurs bonnes raisons d’y assister : se ressourcer, se perfectionner, se réseauter, échanger, créer des liens, avoir du plaisir…  

Les cégeps se sont construits sur un principe de collégialité et les professeurs ont généralement été à la hauteur de leurs responsabilités. Les défuntes coordinations provinciales disciplinaires amenaient une forme de concertation entre les collèges du réseau. Depuis leur démantèlement en 1992, des associations disciplinaires ont pris le relais en sociologie (1992), en histoire (1995), en psychologie (1995) et tout récemment en économie. Ces associations existent grâce au travail bénévole de nos collègues. Ils répondent à différents besoins, dont celui de nous épauler mutuellement pour nous perfectionner ou encore, celui de découvrir des solutions variées aux problèmes que nous partageons inévitablement. Il faut nous en préoccuper, mettre l’épaule à la roue, cela fait partie de nos responsabilités professionnelles. N’oubliez pas d’inclure, dans votre choix d’activités de fin d’année, la journée d’étude du Réseau des sciences humaines (RSHCQ)…

Alors, vous pouvez mettre à votre agenda les événements suivants qui vous concernent :

Le colloque économie : Collège de Maisonneuve, 10-11 juin. Formons-nous adéquatement en économie au collégial? rmunger@cmaisonneuve.qc.ca

Le colloque histoire : Cégep Ste-Foy, 5 au 7 juin. Histoire de plaisirs.  http://www.aphcq.qc.ca/

Le colloque psychologie : Cégep de l’Outaouais, 10-11-12 juin. Le colloque des invincibles. http://apprcq.org/APPRCQ/Colloque.html

Le colloque sociologie : Cégep Limoilou, 3-4 juin. L’activisme à l’ère du numérique
Dynamisme ou inertie? Le rôle de la technologie dans l’action collective
 http://www.appsc.koumbit.org/

La journée d’étude du RSHCQ, programme Sciences humaines : Collège Édouard-Montpetit, 12 juin. Quel avenir pour le programme des sciences humaines? http://rshcq.blogspot.ca/

Deux colloques généraux pour les professeurs et autres intervenants des réseaux public et privé
Le colloque de l’AQPC se tiendra au Centre Sheraton à Montréal du 5 au 7 juin. http://www.aqpc.qc.ca/colloque
Les ateliers pédagogiques de l’ACPQ (Association des collèges privés) auront lieu les 27 et 28 mai à Saint-Sauveur.  http://www.acpq.net/

Claire Denis

dimanche 21 avril 2013

APPEL À TOUS !

À la recherche d’une personne-ressource, enseignant en Sciences humaines,
en mesure d’offrir un atelier traitant des deux volets suivants :
TBI Smartboard /tébéiciel Notebook

En tant que Chargée de projet – Volet francophone à l’APOP,  j’ai la responsabilité d’identifier des personnes-ressources compétentes en mesure de dispenser des activités de perfectionnement (en ligne ou en mode présentiel)  relativement à l’intégration pédagogique des technologies. En effet, notre organisme a pour mission d’offrir des activités de perfectionnement aux réseaux collégial et universitaire dans le but de soutenir les enseignants, les professionnels et autres catégories de personnel au regard de l’implantation d’une approche technopédagogique dans leurs tâches professionnelles courantes.

Vous devinez d’ores et déjà, j’imagine, la raison d’être de ma démarche auprès de vous….

Alors, sans plus tarder, passons aux informations concernant l’activité de perfectionnement :

·         Sujet : TBI Smartboard et tébéiciel Notebook
·         Mode : en présentiel
·         Durée : 3 heures
·         Date : lundi 3 ou 10 juin 2013
·         Participants à l’atelier : enseignants en sciences humaines

·         S’interrogeant quant à la pertinence d’investir temps et énergie sur un TBI/Notebook, le groupe d’enseignants souhaite travailler avec une personne-ressource ayant expérimenté  Notebook en Sciences humaines (principalement en géographie) afin de

o   se familiariser avec l’outil;
o   discuter des applications concrètes possibles;
o   d’échanger relativement à l’expérience de la personne-ressource en lien avec l’outil;
o   de réfléchir à la façon d’intégrer l’outil à son enseignement.

·         L’activité consisterait en une présentation de différentes applications pédagogiques en sciences humaines avec nécessairement quelques applications en géographie.

Si d’aventure vous souhaitez offrir cet atelier, n’hésitez surtout pas à me contacter  pour obtenir de plus amples informations notamment au sujet de l’élaboration du scénario pédagogique, des honoraires de prestation et des frais de déplacement.

Bonne fin de session à toutes et tous,

Marie-Jeanne Carrière
Chargée de projet | Volet francophone
581 981 7002  poste 219
mjcarriere@apop.qc.ca
________________________

samedi 23 février 2013

Qui s’instruit s’enrichit!

Ce fameux slogan des années 60 a été associé à une vaste campagne pour inciter les Québécois à s’instruire davantage. Peut-être étais-je naïve ou idéaliste, mais j’ai toujours pensé que le sens de ce dicton référait à un enrichissement culturel et intellectuel… En fait, lorsqu’on le citait, il était rarement présenté comme signifiant « s’enrichir matériellement ». Probablement que cette éventualité était perçue comme relativement secondaire, une sorte de boni à l’effort investi…  D’ailleurs, plusieurs personnes, dont moi-même, avons choisi de nous instruire en ne nous interrogeant aucunement sur la valeur marchande du diplôme convoité… Bon nombre d’entre nous, au cours des années ‘60 et ‘70, ont choisi un domaine d’étude en fonction de nos capacités et de nos intérêts, sans réfléchir longuement aux perspectives d’emploi ou à la rémunération associée à ce diplôme.


Le faible niveau de scolarisation qui caractérisait le Québec des années’60 méritait que l’on en fasse une priorité nationale absolue. Or, l’investissement en éducation, suite au rapport Parent, rapporte clairement des bénéfices matériels à toute la société québécoise et pas uniquement aux individus concernés. Ce choix de société a certes eu pour effet d’enrichir des individus qui, sans cela, seraient sans doute demeurés plus pauvres et plus vulnérables. Cet investissement massif a engendré une classe moyenne (et supérieure) qui consomme, innove et fait tourner l’économie. Également, cette nouvelle classe de gens plus scolarisés contribue largement aux coffres de l’État par le biais des impôts qu’elle paye. Les décisions de la Révolution tranquille, visant à moderniser l’État québécois et son système d’éducation, ont été pensées d'abord pour l’amélioration du sort de la collectivité. C’est le bien commun qui a justifié tous ces investissements nationaux et non l’enrichissement individuel…
 

 

Depuis le printemps érable, il semble que, dans la tête de la plupart des gens, ce dicton ait clairement adopté le sens de s’enrichir matériellement… Ainsi, on associe désormais le désir d’un individu de poursuivre des études universitaires à l’envie de devenir à l’aise financièrement, de devenir un bien nanti… un riche quoi!  Ce projet est certainement louable individuellement, mais est-ce bien là un projet que nous devrions soutenir collectivement? En fait, présentement, l’amélioration du niveau de vie obtenu individuellement, suite à des études universitaires, sert de justification à la hausse des frais de scolarité ou à leur modulation, évidemment, selon les perspectives d’enrichissement individuel attendues.  
 
 



Si l’on doit investir collectivement dans les universités, on doit absolument s’interroger sur leurs fonctions sociales. Sont-elles au service de la connaissance, de l’économie, de la recherche, du bien-être individuel?  Certes, elles doivent viser plusieurs objectifs à la fois, mais quel est leur but premier? Dans l’état du  monde actuel, il semble évident que la fonction première des universités devrait être de contribuer au bien commun. Les urgents et graves problèmes du monde devraient constituer la priorité absolue de nos universités d’ici et d’ailleurs.  Pourtant, lorsqu’on en analyse le fonctionnement, surtout de celles qui s’alignent sur le modèle anglo-américain (notamment centré sur l’enrichissement personnel), on est en droit de se demander sur quelle planète vit notre élite universitaire… Qui va proposer des solutions aux  problèmes de l’humanité si ce n’est la science, et les sciences humaines en particulier... Il faudrait expliquer comment une université plus chère et moins accessible peut contribuer à l’atteinte de ce grand objectif. Les universités ont certes la responsabilité de transmettre la connaissance et de la bonifier, mais aussi de viser à rendre notre monde meilleur pour tous, d’en faire « a better place to be  »  et peut-être même de contribuer au bonheur national brut… Comment le modèle de l’université Harvard, avec ses frais de scolarité exorbitants, peut-il servir le bien commun? Si l’enrichissement matériel et individuel  constitue le cœur de l’éducation supérieure, pourquoi y investir collectivement? Le Sommet sur l’enseignement supérieur de la fin février aurait dû être l’occasion de poser le problème à partir de ces enjeux de fond… En sera-t-il seulement question?
 
Claire Denis, présidente du RSHCQ

lundi 28 mai 2012

Une analyse du conflit étudiant; droite contre gauche

Il y a actuellement sur la planète un éveil des consciences citoyennes qui se manifeste par des contestations des pouvoirs institutionnels. Pour en nommer quelques-uns : le printemps arabe (Tunisie, Égypte, …), le mouvement « Occupy »  avec leur fameux slogan 1% contre les 99% tenu dans plusieurs villes en Occident, les grèves étudiants (Chili, Angleterre…), les protestations importantes en Espagne, en Grèce (évidemment), les émeutes au Royaume-Uni (dont celle de Tottenham), etc…
Dans la plupart de ces conflits, on remarque une certaine lutte idéologique. En effet, il faut bien admettre qu’actuellement, le néo-libéralisme est contesté avec vigueur.  Les manifestants sont-ils capables d’articuler un discours cohérent contre le néo-libéralisme ? Ont-ils des solutions claires et définis à proposer comme alternative à cette idéologie qui dominent depuis une trentaine d’années? Pour la plupart d’entre eux, non.

Le mouvement étudiant au Québec s’inscrit dans ce contexte élargi. Dès le départ, bien que strictement centré sur la hausse des droits de scolarité, la contestation couvrait aussi une position idéologique anti-néo-libéralisme. Dès le départ, les deux camps se sont positionnés :  à gauche pour les étudiants, à droite pour le gouvernement Charest - pour reprendre la division classique des idéologies. Rapidement, ils se sont radicalisés en campant sur leur position. Malheureusement, avec  les jours qui passent, la sortie de crise devient de plus en plus difficile.
À gauche, les étudiants au carré rouge ont sorti des arguments solides. Jetons-y un coup d’œil. Ils veulent un gel des droits de scolarité (même la gratuité scolaire pour le Classe) parce que :
 

Représentants étudiants
1)      L’éducation supérieure est un «bien commun». Elle doit demeurer accessible à tous.
2)      Puisqu’il s’agit d’un bien commun, l’éducation est un droit humain fondamental.
3)      A contrario, l’éducation n’est pas une marchandise à vendre sur un marché de consommateurs.
4)      Les universités sont mal gérées car les ressources financières sont  mal réparties.


À droite, le gouvernement Charest a aussi développé un argumentaire bien ficelé :
Un gouvernement néo-libéral
1) Selon un «consensus social», les universités sont sous-financées depuis plusieurs années.
2) Or, les étudiants payent les droits de scolarité les moins élevés au Canada.
3) Donc, les étudiants doivent faire leur «juste part» et contribuer davantage au financement universitaire.
4) Nos universités doivent être de classe mondiale et compétitionner avec les meilleures.
Les deux camps ont vertement critiqué l’argumentaire adverse. À gauche, on a remis en question le consensus social sur le sous-financement. Il n’y aurait pas tant que ça de sous-financement mais de mal financement des services universitaires. Bien qu’étant les moins élevés au Canada, les droits de scolarité au Québec demeurent parmi les plus élevés au monde. La «juste part» est-elle faite par les corporations minières, les 1%? Les universités n’ont pas à compétitionner ? Elles offrent un service public à sa population. Elles doivent uniquement se concentrer à offrir le meilleur service possible aux étudiants.
À droite, on a aussi fait sa cavale. Elle a porté essentiellement sur l’accessibilité aux études sup. Je dirais que le gouvernement, avec son offre du 27 avril[1], a fait un effort pour se rapprocher de la position idéologique des étudiants au carré rouge – notamment en ce qui a trait à l’accessibilité aux études sup. Perso., j’ai bien cru que ça passerait! Mais non. Après 22 heures de négociation, l’offre du 5 mai[2] a été signée par toutes les parties.  Dans cette offre, la création d’un Conseil provisoire des universités répondait à l’argumentaire des étudiants qui critiquaient la gestion universitaire. L’offre a été rejetée.
Le choc idéologique entre la gauche et la droite a franchi une étape de plus avec l’adoption de la Loi 78 le 18 mai 2012[3]. Avec cette loi, l’État venait encadrer (un petit peu mais pas tant que cela !) la liberté de manifestation des citoyens québécois. Avec cette loi, l’État a choisi la voie autoritaire. La voie de la négociation devient difficile et la contestation ira en croissant !
Lorsqu’on pense en termes néo-libéraux, la position de l’État se défend ! L’individu a des droits et il faut les préserver. D’ailleurs, la loi 78  se nomme : Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent. Intéressant ! Bien qu’il y ait grève étudiante, les étudiants qui veulent assister à leurs cours y ont droit. Les droits individuels ont préséance sur les droits collectifs. D’ailleurs, avant l’adoption de la Loi 78, une pluie d’injonctions s’était abattue sur le Québec pour faire prévaloir les droits individuels. D’ailleurs, depuis le début du conflit étudiant, le gouvernement n’emploie pas le terme de «grève» mais bien le «boycott» pour nommer le conflit, contestant par le fait même la légitimité des associations étudiantes et leurs fédérations. Le choix des termes n’est pas innocent ! Et dans une perspective néo-libérale, ça se tient.
L’État avait bien essayé de briser le mouvement collectif avant de voter la Loi 78 :
·         En ignorant systématiquement la demande des étudiants de geler les droits de scolarité. On peut parler de tout sauf de la question de fond !
·         En tentant d’isoler la Classe, fédération étudiante jugée trop à gauche. Diviser pour régner, tactique bien illustrée dans le Prince de Machiavel.
·         En refusant de négocier avec  les associations étudiantes qui ne dénoncent pas la violence, une question de principe. En tentant ainsi d’associer les étudiants aux casseurs, l’État laisse d’abord pourrir le conflit. gagne du temps et espère que le mouvement étudiant sera «délégitimé».
·         En laissant entendre que les jeunes sont gâtés avec leur IPhone et que payer  50 cents par jour, c’est tout simplement facile à gober ! En «infantilisant» ici les étudiants, on cherche à leur enlever toute crédibilité. D’ailleurs, les étudiants ont aussi joué le jeu en traitant de «mononcle» le gouvernement Charest.
Depuis l’adoption de la Loi 78, la suspension des cours a par le fait même suspendu la grève! Le conflit sur les droits de scolarité est parti ailleurs.  Il est devenu social si bien que la critique des gouvernements est devenue encore plus acerbe. Schématiquement, on assiste actuellement à un conflit classique droite-gauche. Dans les discours, dans la foule des manifestants, on dénonce les positions et les actions gouvernementales motivées par le néo-libéralisme. On dénonce carrément les actions de Charest et de Harper : l'achat des F-35, la hausse du seuil de la retraite à 67 ans, les mises à pied au fédéral, la modification du programme de l’Assurance-emploi, le conflit chez Air Canada et la menace d’une loi spéciale, la fermeture chez Aveos, la taxe santé, le plan nord, les gaz de schiste, la corruption dans la construction, le financement mafieux des partis politiques, l’impression que l’État «couche» toujours avec les 1%.

Les principes de «l’utilisateur-payeur» et du «privé meilleur que le public» ne passent plus auprès des manifestants. Et Jean Charest est devenu le symbole de cette approche. S’il entendait ce que les manifestants disent de lui!!!  
En ce moment, à la veille de la reprise des négociations, le climat est orageux! Le mouvement est en train de faire boule de neige. Le gouvernement Charest est-il en train d’échapper le ballon? A-t-il toujours les deux mains sur le volant? Les positions et les actions de la droite ont-ils toujours la cote?

Michel Huot, sociologie, CBA


[1] « L'offre du gouvernement du Québec aux étudiants » In Le Huffington Post Québec, En ligne. http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/04/27/offre-charest-etudiants_n_1459134.htm. Page consulté le 28 mai 2012.
[2] « Entente concernant le Conseil provisoire des universités ». En ligne.  http://www.droitsdescolarite.com/data/docs/Entente_Etudiante_2012-05-05.pdf, Page consulté le 5 mai 2012.
[3] Assemblée Nationale, «  Projet de loi n°78 : Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent».  En ligne.  http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-78-39-2.htm. Page consulté le 18 mai 2012.

dimanche 20 mai 2012

La grève des étudiants contre la hausse des frais de scolarité;
Dis-moi quel média tu consultes et je te dirai si tu es rouge ou vert!
La grève a fait couler beaucoup d’encre – énormément d’encre! En fait, selon Influence Communication, elle est la nouvelle la plus importante depuis février :
La couverture du conflit étudiant dans les médias traditionnels :
Date
Poids médias[1]
Rang
14-20 février
0,53
5
21-27 février
2,16
3
28 au 5 mars
1,43
1
6 au 12  mars
1,73
1
13 - 19 mars
1,85
1
20 - 26 mars
2,21
1
27 au 2 avril
2,16
3
3 au 9 avril
2,03
1
10 au 16 avril
3,21
1
17 au 23 avril
4,36
1
24 au 30 avril
6,25
1
1 au 7 mai
6,68
1
8 au 14 mai
8.24
1
                                                Source : Influence Communication
Dans les médias traditionnels (journaux, magazines, télévision, radio), la couverture du conflit étudiant n’a donc cessé d’enfler! Bien que le conflit ait été amplement couvert par les médias trad., peut-on parler d’une couverture de qualité? On sait que la quantité ne garantit pas la qualité! Influence communication a produit un graphique intéressant sur le traitement de l’information :
Traitement médiatique du conflit étudiant :
                   Source : Influence Communication
On constate dès le premier coup d’œil que les arguments des parties ont graduellement cédé du terrain devant la médiatisation des actes de violence. Comme quoi un conflit qui perdure et pourrit se radicalise! Peut-on affirmer que ce conflit est traité par les médias traditionnels avec toute l’objectivité journaliste qu’il mérite? Je suis loin d’être convaincu!
Plusieurs éditorialistes et chroniqueurs ont pris carrément parti pour le gouvernement. Richard Martineau au Journal de Montréal, Gilbert Lavoie au Soleil, André Pratte et Alain Dubuc à la Presse ont beaucoup écrit contre la position des étudiants. Par contre, à la Presse, d’autres journalistes ont été plus conciliants avec la position des étudiants : Lagacé, Elkouri..
 Il y a aussi des sympathisants au Devoir (Josée Boileau), au journal Voir (Josée Legault). Le blogue de Jean-François Lisée (http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/) avait aussi une saveur pro-étudiante.
À la télévision, autre média populaire s’il en est, TVA et V ont semblé pencher vers la position du gouvernement. Quant à Radio-Canada (et son canal de nouvelles en continu RDI), plusieurs téléspectateurs ont noté un penchant vers la position des étudiants. D’ailleurs, même l’ombudsman de Radio-Canada a dû traiter quelques plaintes concernant le supposé «parti pris» des journalistes impliqués. (http://blogues.radio-canada.ca/ombudsman/archives/1616)
Évidemment, l’analyse de contenu de la couverture médiatique du conflit étudiant reste à faire. Il est très prématuré  de tirer des conclusions définitives. Mais on peut déjà poser une  hypothèse de recherche :
1)      Les journaux et la télévision ne sont pas neutres. Ils tiennent une  position idéologique.
2)      Le lectorat et l’auditoire de ces médias s’aligne sur la même position idéologique.
Mais il faut se pencher sur un autre phénomène tout à fait fascinant lorsqu’on s’intéresse à ce conflit : l’utilisation des médias sociaux. Les blogues, Facebook et surtout Twitter ont été des vecteurs de mobilisation extraordinaire pour les étudiants. Il faudra absolument analyser minutieusement l’utilisation des médias sociaux. D’ores déjà, on peut affirmer qu’il y a une fracture générationnelle importante quant à l’utilisation de ces médias. La génération C (les moins de 30 ans) gravite massivement dans la sphère des médias sociaux.
Depuis quelques années, personnellement, j’ai remarqué une nette migration des étudiants vers les médias sociaux. Nos jeunes ne regardent à peu près plus la télévision, n’écoutent plus la radio et ne lisent pratiquement plus la presse écrite. À toutes les années, dans le cadre du cours de Méthodes quantitatives, j’administre un petit questionnaire portant sur plusieurs dimensions de leur vie quotidienne. Je leur demande où ils s’informent. Dans une proportion écrasante, ils me parlent de Facebook, Twitter, des blogues. Ils sont branchés et ont définitivement tourné le dos aux médias traditionnels. D’ailleurs, depuis une dizaine de jours, plusieurs journalistes des médias traditionnels ont senti la grogne des manifestants. Quelques-uns ont même été violentés.[2] Bien que tout à fait inacceptables et non cautionnables, ces actes peuvent s’expliquer ainsi : les manifestants jugent que les médias traditionnels ont pris parti contre le conflit étudiant. Ils jugent que ce sont des appareils idéologiques au service du pouvoir politique.
Or, pour ceux qui ont suivi le conflit sur les médias sociaux, vous savez que la position idéologique dominante – pour ne pas dire écrasante, c’est, au minimum le gel des droits de scolarité, sinon même la gratuité! Juste par curiosité (si ce n’est déjà fait), allez visiter CUTV (http://cutvmontreal.ca/), la télévision communautaire des étudiants en communication de l’université Concordia! Vous allez voir des images là que vous n’avez jamais vues dans les médias traditionnels! Les manifestations étudiantes sont couvertes sous un angle tout à fait différent. Et le travail des policiers n’apparaît pas sous son meilleur jour… Sur Twitter, il faut absolument consulter : #assnat, #ggi, #manifencours.
Donc, nous vivons ici un conflit générationnel important à travers la «grève» étudiante. D’une part, les plus de 30 ans qui continuent de consulter les médias traditionnels; d’autre part, la génération C qui s’alimente dorénavant aux médias sociaux.
L’analyse de contenu de la couverture médiatique du conflit étudiant devra de façon incontournable inclure les médias sociaux dans son corpus. Mais on peut déjà poser une  hypothèse de recherche :
1)      Les médias sociaux ne sont pas neutres. Ils tiennent une  position idéologique.
2)      Les utilisateurs de ces médias ont moins de trente ans.
Déjà, en consultant les quelques sondages d’opinion qui ont été réalisés sur le conflit, on peut voir apparaître cette ligne de démarcation générationnelle. Ainsi, dans le dernier sondage réalisé par Léger marketing le 10 mai dernier,  on a noté le niveau d’appui au mouvement étudiant par génération. Ainsi, chez les 18-35 ans, on appuie majoritairement la position des étudiants (51% pour, 44% contre). C’est le contraire chez les plus de 35 ans (61% contre, 29% pour).[3]
D’où ma conclusion : Si tu regardes TVA ou V, lis le Journal de Montréal ou La Presse,  tu es vert. Si tu t’informes sur les médias sociaux, tu es rouge! Si tu lis Le Devoir et regardes Radio-Canada et RDI, t’es plutôt rouge.
Michel Huot, sociologie, CBA


[1] Note : Le poids médias établit le pourcentage qu’a occupé une nouvelle, un événement ou même une personne par rapport au volume total de nouvelles au cours de la même période.
[2] Voir notamment cet article du Devoir qui fait une analyse pertinente du phénomène des agressions sur les journalistes : http://www.ledevoir.com/societe/medias/350262/le-choc-des-perspectives
[3]Léger Marketing, «Sortie de crise», En ligne : http://www.legermarketing.com/admin/upload/publi_pdf/R2012-05-15-MAI-021-.pdf. Consulté le 16 mai 2012.