Notre assemblée générale annuelle
se tiendra ce vendredi 9 juin, durant le colloque. Voici son ordre du jour. Vos
propositions et mises en candidature seront les bienvenues.
RSHCQlundi 5 juin 2017
vendredi 2 juin 2017
Appel de candidatures pour économie
Dans le cadre de la révision du programme Sciences humaines et de la formation d’un
nouveau groupe de travail en 2017-2018, le Ministère « a décidé de
recueillir de nouvelles candidatures en
économique jusqu'au vendredi 9 juin 2017. »
Le RSHCQ et l’Association des enseignantes et des
enseignants en économique des cégeps du Québec ont été invités à faire circuler
de nouveau l’appel de candidatures « d'enseignantes et d'enseignants
qualifiés susceptibles de vouloir participer à la 3e étape du
processus de révision du programme d'études Sciences humaines, c'est-à-dire la réécriture dudit programme ».
RSHCQ
lundi 22 mai 2017
Enquête du RSHCQ (3 de 3) - Les buts et compétences du programme
L’enquête
auprès des professeurs et coordonnateurs du réseau (menée par un comité du
RSHCQ formé lors de l’assemblée générale de juin 2016*) se poursuit. Suite au
premier billet qui présentait les souhaits concernant la réforme et au deuxième
billet faisant état des résultats concernant les cours de méthodologie et
l’épreuve synthèse, ce troisième et dernier billet présente les résultats
concernant les buts généraux et les compétences spécifiques du programme.
Concernant
les buts
généraux
Les
buts du programme
Le
programme Sciences
humaines est structuré autour de buts généraux et de
compétences spécifiques. Il comporte neuf buts, dont voici
la nomenclature :
distinguer les
principaux faits, notions et concepts de nature disciplinaire et
transdisciplinaire reliés à l’objet d’étude, le phénomène humain;
expliquer des
théories, des lois, des modèles, des écoles de pensée en lien avec leurs
auteurs et avec les réalités concernées;
situer divers enjeux
relatifs à la citoyenneté dans un contexte de mondialisation;
démontrer les
qualités d’un esprit scientifique et critique ainsi que des habiletés liées à
des méthodes, tant qualitatives que quantitatives, appropriées aux sciences
humaines;
utiliser des
méthodes de travail et de recherche nécessaires à la poursuite de ses études;
utiliser les
technologies de traitement de l’information appropriées;
communiquer sa pensée
de façon claire et correcte en langue d’enseignement;
lire et comprendre des documents de base en
sciences humaines diffusés en langue seconde;
intégrer ses
acquis tout au cours de sa démarche d’apprentissage dans le programme.
La
contribution des programmes à l’atteinte des buts généraux
Entre 82 et
93% des répondants pensent que le programme Sciences
humaines de leur établissement contribue grandement ou très grandement à
l’atteinte de la plupart des buts. Trois buts font exception à ce constat
général : l’appropriation des technologies de traitement de l’information
(no 6, 73,3%), la lecture de documents de base en langue seconde (no 8, 26,7%)
et l’intégration des acquis tout au cours de sa démarche (no 9, 68,9%).
Concernant
l’appropriation des technologies (no 6), les répondants qui l’ont commenté estiment
que l’enseignement en sciences humaines devrait intégrer davantage les
nouvelles technologies d’information et de communication ou qu’il n’y a pas
assez de cours prenant ce but en charge. De plus, on souligne que les
établissements ne fournissent pas l’équipement nécessaire pour atteindre ce
but. On affirme par ailleurs que plusieurs étudiants n’ont pas les
connaissances technologiques de base nécessaires à cette fin.
Concernant
la langue seconde (dans la plupart des cas l’anglais), c’est le but qui suscite
le plus de commentaires (n=26). Certains considèrent que l’acquisition de
l’anglais est importante, mais qu’il faut d’abord mettre l’accent sur le
français, dont la maîtrise est insuffisante chez plusieurs étudiants. On
mentionne d’ailleurs que la lecture en sciences humaines dans une langue
seconde exige des capacités langagières que peu d’étudiants possèdent, tout
comme plusieurs professeurs ne sont pas suffisamment bilingues pour
s’approprier ce but. En dehors de l’ESP, il semble que la présence de l’anglais
soit marginale en bien des endroits. Sous un autre angle, l’intégration de
textes en langue seconde ne signifie pas l’atteinte du but. On note d’ailleurs
la difficulté de trouver des textes en anglais qui soient pertinents et de
niveau adéquat tant au plan langagier qu’au plan disciplinaire, en ajoutant que
c’est déjà un gros défi que de faire lire les étudiants en français. Enfin,
certains mentionnent que c’est une question de culture de l’établissement ou de
la région (faible utilisation de l’anglais). Pour les quelques collèges anglophones
ou bilingues, la même situation se présente, le français n’étant pas forcément
une exigence en pratique même s’il figure parmi les buts du programme.
Concernant
l’intégration des acquis, 70% des répondants jugent que leur programme
contribue grandement ou très grandement à l’atteinte de ce but. Les autres, du
moins ceux qui ont commenté, sont partagés. Pour certains, ce n’est pas la
prise en compte du but qui pose problème, mais le résultat de l’opération. En
d’autres termes, ce n’est pas parce que les cours ou les enseignants visent un
objectif que ce dernier sera forcément atteint par les étudiants. Toutefois, la
plupart des commentaires expriment surtout un déficit global d’intégration,
soit parce que les professeurs privilégient leur discipline sans tenir compte
des autres, soit parce que les liens entre les cours ne sont pas possibles à
faire, soit parce que peu de cours contribuent à la prise en charge de ces
buts, soit parce que l’intégration arrive seulement en fin de parcours alors
qu’elle devrait avoir lieu tout au long du programme. Enfin, on soulève le caractère plus ou moins réaliste de l’objectif
d’intégration et de transfert des acquis « compte tenu du degré de
maturité intellectuelle des étudiants de 16 à 18 ans... ».
Des
commentaires généraux sur les buts généraux
Le
questionnaire de l’enquête demandait également aux répondants des commentaires
sur les buts généraux. Voici un compte rendu des 18 réponses obtenues.
D’abord, on
estime que ces buts sont très… généraux, ou trop vagues. À ce sujet, on affirme
qu’il est difficile de faire autrement (puisqu’il s’agit, justement, de buts
généraux), notamment parce que la nomenclature des buts est le résultat de compromis
entre disciplines. Il faudrait, pour certains, les simplifier ou les scinder ou
en faire une reformulation plus concrète (ce qu’un collège fait en formulant
des « objectifs de formation » sous la forme « l’élève sera
capable de… »).
Il y a, ensuite, des éléments à
préserver dans les buts. D’abord, les buts eux-mêmes sont adéquats; ils doivent
être conservés tels quels car ils offrent de grandes orientations qui tiennent
la route tout en permettant une latitude aux professeurs. Il faudrait, de
l’avis d’un répondant, conserver les buts liés aux connaissances
disciplinaires, même si les buts liés aux méthodes de travail sont importants.
Enfin, quelques préoccupations concernant
les buts sont exprimées. Il est question, au premier chef, de les moderniser. Ceux
qui ont précisé cette affirmation mentionnent que la formulation « le
contexte de mondialisation » est dépassée ou qu’il faudrait tenir compte
de la réalité actuelle dans la formulation des buts en mettant l’accent sur
l’évaluation des sources et l’utilisation des techniques modernes de
communication et de traitement de l’information. Quelques autres préoccupations
sont soulevées par les répondants : éviter la spécialisation dans
certaines disciplines pour donner aux étudiants une culture générale, clarifier
les disciplines responsables des buts et développer le but de citoyenneté,
voire même le rattacher à un cours en particulier.
Concernant les compétences spécifiques
Les
compétences spécifiques du programme
Le
programme Sciences humaines comporte
neuf compétences spécifiques, dont voici la nomenclature :
022K. expliquer les bases du
comportement humain et des processus mentaux;
022L. reconnaître, dans une
perspective historique, les caractéristiques essentielles de la civilisation
occidentale;
022M. expliquer les
fondements économiques de la vie en société;
022N. discerner l’apport de
connaissances disciplinaires à la compréhension du phénomène humain;
022P. appliquer des outils
statistiques à l’interprétation de données reliées à des contextes d’études en
sciences humaines;
022Q. appliquer la démarche
scientifique à une recherche empirique en sciences humaines;
022R. approfondir des
connaissances disciplinaires sur le phénomène humain;
022S. appliquer à la
compréhension du phénomène humain, dans des situations concrètes, des notions
disciplinaires;
022T. démontrer l’intégration
personnelle d’apprentissages du programme.
La
satisfaction envers les compétences spécifiques du programme
Dans
l’ensemble, deux tiers des répondants estiment qu’une ou plusieurs compétences
devraient être réécrites, pour les préciser principalement. Ce sont davantage
les compétences communes à plusieurs disciplines qui font ici l’objet des
préoccupations.
Bien que la
volonté de réécriture des compétences soit répandue, la satisfaction envers les
compétences du programme est très élevée, allant de 89 à 100% de répondants
satisfaits. Trois compétences font ici exception, soit:
022N. Discerner l’apport de
connaissances disciplinaires à la compréhension du phénomène humain (71% se
disent satisfaits);
022R. Approfondir des
connaissances disciplinaires sur le phénomène humain (78% se disent satisfaits);
022S. Appliquer à la
compréhension du phénomène humain, dans des situations concrètes, des notions
disciplinaires (76% se disent satisfaits).
Seize
personnes ont formulé des commentaires sur les compétences spécifiques. Elles
étaient invitées à le faire lorsqu’elles s’identifiaient comme insatisfaites ou
très insatisfaites de l’une ou l’autre des compétences.
La séquence
« initiation, approfondissement, application », ne pose pas problème
en elle-même (85% des répondants affirment d’ailleurs que la séquence est
respectée dans leur programme). En effet, ceux qui ont commenté leurs réponses
à cette question jugent qu’il s’agit d’une séquence logique, bien que certains souhaiteraient
une élévation du niveau des compétences. Ce qui pose problème, selon les
répondants, c’est plutôt le caractère vague des libellés de cette séquence (distinction
des termes « approfondissement » et « application »), de
même que l’absence de références précises aux disciplines. Pour certains, cela
laisse une latitude qui n’est pas dénuée d’intérêt, mais plusieurs signalent
également beaucoup de problèmes pratiques, dont celui de construire des
évaluations cohérentes avec les critères de performance.
Concernant
les autres compétences spécifiques, il y a eu peu de commentaires de la part
des participants à l’enquête. Au sujet de la compétence portant sur l’intégration
(022T); on mentionne qu’elle apparaît trop tardivement dans le programme et
qu’elle devrait être l’objet de cours tout au long du cheminement des
étudiants. Il est également mentionné que cette compétence est difficile à
opérationnaliser et à évaluer. Concernant la compétence 022P (sur les outils
statistiques) on y retrouve des remarques qui avaient déjà été formulées dans
les questions concernant le cours MQ (voir billet 2), à savoir que les
principes d’analyse en sciences humaines devraient avoir préséance sur les
principes mathématiques.
Enfin,
concernant l’ensemble des compétences, pour certains c’est la notion même qui
pose problème, puisque les professeurs travaillent sur des contenus et non pas
sur des compétences. Par ailleurs, leur caractère vague et général est souligné
encore une fois, ce qui n’engendre pas que du mécontentement, car la marge de
manœuvre que laisse le caractère général des compétences (comme celle des buts)
est une bonne chose, même si les fils conducteurs pourraient être clarifiés.
En somme
Encore ici,
mis à part les libellés peu clairs, on semble assez satisfait de l’esprit qui
se dégage des buts et des compétences tels qu’ils sont actuellement conçus. Les
changements demandés portent sur la formulation des buts et des compétences et s’apparentent
davantage à des précisions et des clarifications. On propose surtout de
resserrer et d’améliorer le programme sans le révolutionner. Des fils
conducteurs mieux définis pourraient y contribuer, dont plusieurs se dégagent
du coup de sonde offert par cette enquête, notamment le développement de
l’esprit scientifique, les questions de méthode et d’intégration des acquis... Un
autre axe de réflexion qui se dégage est la clarification de séquence
d’apprentissage « introduction, approfondissement, application » dont
la conceptualisation pose problème depuis sa première formulation. La question
de la maîtrise de la langue est aussi soulevée sans que l’on sache très bien
comment mieux atteindre cet objectif. Cet enjeu est très important et il mérite
davantage de réflexion, tant au niveau national qu’au niveau local. La place de
la formation générale et le soutien qu’elle apporte à l’atteinte de ces
compétences se trouvent implicitement soulevés ici.
Ces
réflexions, comme celles livrées dans les billets précédents, provenant de
collègues d’un grand nombre de cégeps à travers le Québec, constituent un
matériau stimulant et précieux pour les échanges du colloque des 8 et 9 juin
prochains.
Grand merci
à tous les participants au sondage.
*Le comité était formé au départ de Claire Denis, Cégep de Sherbrooke,
Christian Goyette, Collège Ahuntsic, Michel Huot, Cégep Beauce-Appalaches,
Chantale Lagacé, Collège Montmorency, Isa Vekeman-Julien, Cégep Limoilou.
mardi 16 mai 2017
Demande de consultation auprès du Ministère
À
la suite de la consultation des universités et du dépôt du rapport Belleau l’automne
dernier, le Réseau des sciences humaines (RSHCQ), à l’initiative de l’association
en anthropologie, a contacté les associations disciplinaires en sciences
humaines en vue d’unir nos voix et demander au Ministère de mener aussi une
collecte d’informations auprès des professeurs de cégep.
Voici
cette demande, dont le RSHCQ assurera le suivi sur son blogue et lors de son assemblée
générale annuelle, au colloque de juin prochain.
RSHCQ
jeudi 4 mai 2017
Enquête du RSHCQ (2 de 3) - La méthodologie et l’épreuve synthèse de programme
L’enquête auprès des professeurs et coordonnateurs du réseau (menée par un
comité du RSHCQ formé lors de l’assemblée générale de juin dernier) se
poursuit. Suite au premier billet qui présentait les souhaits concernant la
réforme, ce deuxième billet fait état des résultats concernant les cours de
méthodologie et l’épreuve synthèse.
Dans le programme Sciences
humaines, la méthodologie fait depuis deux ans l’objet d’une réflexion par l’exécutif
du RSHCQ. Cette réflexion a été poursuivie dans le cadre du colloque de l’an
dernier. La refonte ministérielle est l’occasion de la pousser plus avant. Cette
partie du questionnaire a permis de vérifier quelques hypothèses. En voici les résultats.
La séquence MQ - IPMSH
Dans la grande
majorité des cégeps (72% ou n = 36), le cours Méthodes quantitatives en sciences humaines (MQ) est placé avant Initiation pratique à la méthodologie des
sciences humaines (IPMSH). Cette séquence est jugée adéquate par 78% de
ceux qu’elle concerne. Bien que moins nombreux, ceux qui vivent la séquence
inverse (IPMSH avant MQ) s’en disent moins satisfaits.
Les répondants dans les
cégeps ayant choisi la séquence MQ-IPMSH pensent qu’elle permet de réinvestir
les notions vues en MQ dans les autres cours du programme. En particulier, et
c’est la raison la plus fréquemment invoquée par ceux qui s’en disent
satisfaits, il s’agit d’une bonne séquence théorie-application, car ces notions
sont réinvesties dans le cours IPMSH. On estime, plus précisément, que suivre le
cours MQ avant IPMSH procure des connaissances et des habiletés indispensables au
cours IPMSH: compréhension des outils de collecte et d’analyse, capacité
d’interprétation des données, habiletés en traitement des données (tableaux,
graphiques…), maîtrise des notions statistiques de base, connaissance de la
technique de sondage...
Outre les raisons
liées au contenu des cours, on juge que le cours IPMSH est plus exigeant que MQ
et requiert plus d’autonomie. Dans cette
perspective, la séquence MQ-IPMSH est perçue comme favorisant la progression
dans le programme; on considère aussi que le taux d’échec en IPMSH serait plus
élevé s’il était le premier de la séquence.
Ceux qui se disent insatisfaits
de la séquence MQ-IPMSH (n = 4) estiment, au contraire, que MQ est plus
difficile. Par ailleurs, cette séquence est vue comme posant un problème de
contextualisation, à savoir que lorsqu’ils suivent MQ sans avoir suivi IPMSH les
étudiants ne savent pas en quoi consiste une recherche lorsqu’ils abordent les
méthodes quantitatives. Une réponse mixte a aussi été formulée: MQ avant est
positif dans la mesure où les acquis sont nécessaires à IPMSH; en revanche, si
IPMSH venait avant, les étudiants apprendraient les méthodes de travail et les
normes de présentation des travaux.
Chez les 14 répondants
où le cours MQ se donne après IPMSH, la moitié exactement est satisfaite et
l’autre insatisfaite. Les premiers estiment qu’il est préférable d’acquérir les
bases en méthodologie de recherche avant, pour en tirer avantage tout au long
du DEC. Ainsi, lorsque les étudiants arrivent en MQ, ils font plus facilement
des liens avec les sciences humaines et ils voient davantage l’intérêt de MQ. Par ailleurs, cela les rend plus habiles pour
faire des tableaux et de l’analyse descriptive. Ceux qui pensent que la
séquence est inadéquate préfèreraient que MQ précède, car il est moins complexe
et son contenu est préalable à IPMSH.
Règles d’attribution du cours MQ
Le cours MQ est
réparti selon trois grands critères, dans des combinaisons variables d’un
collège à l’autre. La répartition selon les disciplines fait place à un grand
éventail de situations, depuis une attribution entière à la discipline mathématique
jusqu’à l’attribution entière aux disciplines des sciences humaines, en passant
par des combinaisons variables entre mathématiques et les disciplines des sciences
humaines (souvent, mais pas exclusivement, entre mathématique et économie). Le
cours se répartit également selon des critères liés à la tâche et à
l’ancienneté (lever les mises en disponibilité, combler les permanents, partager
la tâche entre les précaires). Enfin, dans quelques cas, on tient compte des
caractéristiques individuelles des professeurs qui doivent, par exemple, avoir
suivi des cours de statistiques à l’université pour donner le cours.
Une majorité des
répondants (n = 38, 76%) est satisfaite de la répartition dans son programme. La
principale source d’insatisfaction est la préséance de mathématique, parce
qu’on estime que des professeurs des disciplines de sciences humaines détiennent
les compétences pour enseigner les méthodes quantitatives. Aussi, on affirme que la discipline mathématique
interprète à sa manière les compétences et refuse de faire de MQ un cours de
sciences humaines, ce qu’il devrait être le cas aux yeux des répondants. Par ailleurs, la répartition fondée
uniquement sur le critère des tâches à combler (ex. éviter les mises en
disponibilité) crée également des frictions.
Concernant IPMSH
Globalement, 85% des
répondants se disent satisfaits de la manière dont IPSMH est donné dans leur
programme. Seulement sept répondants (15%) expriment des insatisfactions. La
lourdeur de la tâche, tant pour les étudiants que pour les professeurs, domine
leurs préoccupations. Relativement aux étudiants, on affirme que le cours
dépasse les exigences universitaires, que le travail d’équipe est un problème,
que les exigences sont hétérogènes et que le cours occupe trop de place. Pour
les professeurs, on estime que IPMSH demande une variété de compétences qu’ils
n’ont pas toujours, qu’il est difficile d’évaluer individuellement, que le
niveau des étudiants est très variable, que la répétition des thèmes est
lassante et, sans surprise, que la charge d’évaluation est trop lourde.
Un tiers des répondants
pense que les méthodes qualitatives occupent peu de place en IPMSH. Presque
autant (29%) jugent que la place des méthodes quantitatives est faible.
L’attribution du
cours IPMSH n’est, dans l’ensemble, pas vue comme un problème. Quatre personnes
ont exprimé des motifs d’insatisfaction, dont le principal est l’attribution d’un
tel cours à des professeurs précaires, surtout en début de carrière.
Concernant l’Épreuve synthèse de programme (ÉSP)
Le plus souvent (n = 32
ou 68%), la certification de l’ÉSP est liée à Démarche d’intégration des acquis (DIASH / DISH) ou à une des
évaluations liées à DIASH (n = 9 ou 19%). Les pratiques existantes satisfont la
vaste majorité des répondants (91%, n = 43).
Les quelques
insatisfactions (n = 5) exprimées portent sur l’aspect multi/inter
disciplinaire qui, selon certains, est négligé, laissant place à une approche
disciplinaire qui va à l’encontre des buts et des compétences prescrits par le
programme (il en sera question dans le prochain billet qui portera, justement,
sur les buts et les compétences). On soulève aussi l’hétérogénéité des
pratiques enseignantes et des exigences.
En somme
Les répondants sont
globalement satisfaits de l’état actuel des choses concernant les questions
soulevées par l’enquête sur le plan de l’enseignement de la méthodologie de
recherche dans le programme de sciences humaines. En cohérence avec les
résultats présentés dans le premier billet de cette série, l’enquête offre tout
de même des pistes de réflexion concernant des améliorations éventuelles à y
apporter. Certains des enjeux soulevés sont locaux, mais pourraient bénéficier
d’une réflexion plus globale sur le programme. C’est le cas, notamment de la
répartition du cours MQ qui soulève elle-même la question de la conception de ce
cours et de la tension entre ses aspects statistiques et les cadres théoriques
liés aux sciences humaines, ces derniers étant nécessaires à la conception
d’une enquête et à l’interprétation de ses résultats.
Notre enquête, bien
qu’elle n’ait pas abordé directement cette question, fait également ressortir
une préoccupation des répondants pour le contenu du cours IPMSH, bien que les
répondants s’en disent globalement satisfaits.
La lourdeur du cours est en jeu, de même que la définition de ce qui y
est (ou devrait y être) enseigné, le cours IPMSH portant à la fois sur la
méthodologie de recherche et sur les méthodes de travail intellectuel, souvent
mal maîtrisées (ex.: les normes de citations et références, de recherche documentaire,
de rédaction de rapports…).
Un autre enjeu
soulevé par le RSHCQ concerne la place des méthodes qualitatives dans le
programme. Présentement, un cours complet sur les méthodes quantitatives est au
programme et on n’a pas l’équivalent pour les méthodes qualitatives. Pourtant, ces
dernières sont plus nombreuses et certainement tout aussi importantes… En outre,
lorsque les étudiants effectuent une recherche en utilisant les méthodes
quantitatives dans le cours IPMSH, les méthodes qualitatives ne seront vues que
très sommairement. Cet enjeu mérite certes une réflexion plus approfondie.
Claire
Denis, Chantale Lagacé, Michel Huot
Membres du Comité « Enquête » pour le RSHCQ
Membres du Comité « Enquête » pour le RSHCQ
mardi 18 avril 2017
Des nouvelles de l’enquête sur la réforme du programme Sciences humaines (1 de 3)
L’enquête auprès des professeurs et
coordonnateurs du réseau (menée par un comité du RSHCQ formé lors de l’assemblée
générale de juin dernier) va bon train. Les résultats seront dévoilés
graduellement, au fur et à mesure de l’analyse des résultats. Dans ce premier
billet, la dernière section du questionnaire, celle portant sur les souhaits
concernant la réforme sera présentée sommairement. Dans un deuxième billet, nous
présenterons les résultats concernant les cours de méthodologie et l’épreuve
synthèse. Un troisième billet fera état des résultats concernant les buts et
les compétences du programme.
D’entrée de jeu, il faut dire que
49 collèges ou centre collégiaux ont répondu au questionnaire. Au total, nous
avons reçu 54 réponses (certains collèges ayant fait parvenir plus d’une
réponse). En outre, 17 réponses ont été le fruit de discussions réalisées en
groupe dans ces collèges. Cette tentative de dégager des consensus locaux augmente
significativement la pertinence de ces réponses. Nous avons obtenu des réponses
des collèges des régions et des grands centres, de tailles variées, de cégeps
anglophones et de cégeps privés. Nous espérions au moins une réponse par
collège et notre stratégie a fonctionné. Ceci dit, l’intention derrière cette
enquête est d’abord de soutenir la réflexion et les débats en clarifiant ce qui
fait consensus et ce qui est objet de litige... Ces résultats devraient
contribuer à étayer la discussion nationale, mais surtout, à soutenir les
discussions locales, là où les problèmes d’opérationnalisation du programme
génèrent le plus de tensions et d’enjeux à négocier.
Le comité ministériel chargé de
réfléchir à la réforme et de mettre en relation le profil attendu des
universités (voir le rapport Belleau) proposera son analyse d’ici la fin de la session.
Il est urgent d’obtenir une vision plus claire des attentes exprimées par les
professeurs et coordonnateurs.
Une refonte mineure, mais pas cosmétique !
Étant donné le travail effectué
présentement par nos collègues du groupe de travail ministériel, la réponse à
la question 47 de l’enquête : « Quelle ampleur devrait prendre
la refonte en cours? » constitue un indicateur significatif du niveau de
changement attendu. Une forte majorité des participants (81 % ou 34
répondants) ont répondu qu’ils préfèreraient une refonte mineure et une
douzaine de répondants ne se sont pas prononcés. Même si la signification de « refonte
majeure ou mineure » n’était pas précisée, l’opinion exprimée laisse
entrevoir une satisfaction significative envers des éléments importants du
programme actuel. Cependant, plusieurs aspects du programme sont aussi à
bonifier et des changements significatifs sont attendus.
La perception des points forts du
programme offre un bon aperçu des attentes envers la réforme. En gros, on
apprécie clairement sa transdisciplinarité (ou multidisciplinarité). L’approche
programme est maintenant considérée comme une force. La diversité disciplinaire
du programme est également appréciée. L’aspect scientifique ressort très clairement
comme un atout majeur. On apprécie également la progression méthodologique. La
séquence initiation-approfondissement-application-enrichissement est aussi
jugée assez pertinente; on signale cependant qu’elle pourrait être organisée
différemment, en fonction de la taxonomie de Bloom, par exemple. Les buts
généraux et le tronc commun disciplinaire sont aussi jugés positivement. On
apprécie grandement la flexibilité et la diversité du programme :
flexibilité dans les disciplines représentées, diversité de l’offre de cours,
liberté de contenu pour les enseignants, sorties sur le terrain et partenariats
avec le milieu quand cela s’y prête.
Réécriture des compétences du programme et renforcement
de sa cohérence
Pour ce qui est des éléments à
bonifier, les idées sont nombreuses. Parmi les plus fréquemment mentionnées, la
méthodologie et la rigueur occupent une place de choix : amélioration des
contenus, ajout d’heures de cours, insistance sur la rigueur intellectuelle et
l’esprit critique. On signale fréquemment la nécessité d’accroître la cohérence
du programme en améliorant la cohérence entre les buts, les compétences, les
énoncés et les critères. On mentionne aussi la cohérence entre les cours du
programme. On souhaite manifestement une réécriture des compétences et des
éléments de compétences en portant une attention particulière au niveau
taxonomique et à la clarté. D’autres idées émergent de ce questionnement :
reformuler, clarifier et rehausser le niveau des compétences; mettre en valeur
les cours « 300 »; mieux contribuer à la culture générale; favoriser un
bon arrimage des compétences avec le secondaire et les universités, tout en
maintenant l’autonomie et la spécificité de l’enseignement collégial.
Certains mentionnent que l’offre de
cours pourrait être revue, les profils également. Les thématiques
« citoyenneté et mondialisation » pourraient être exploitées
davantage, d’autres mentionnent que ce but général est peut-être désuet… On suggère
aussi de réduire l’importance des disciplines et d’augmenter l’importance des
enjeux à traiter. Une formation des étudiant.e.s présentant des parcours
assouplis, qui les prépareraient bien aux études universitaires, demeure une
fonction majeure du programme.
Valorisation du programme, hausse de sa qualité, maîtrise
de langue
La valorisation du programme
auprès du public, des collègues des cégeps et auprès des universités est
souvent mentionnée comme bonification souhaitée. Une hausse de la qualité est
aussi souhaitée. Un élément soulevé occasionnellement par les répondants, mais
qui est une condition nécessaire au désir de renforcer les aspects rigueur,
sens critique et culture générale du programme est celui de la maîtrise de
la langue (lecture, écriture, numéracie). Les étudiant.e.s du programme Sciences
humaines écrivent beaucoup. Ils développent une approche scientifique des
problèmes et cela se reflète dans la production de travaux longs, typiques de
la plupart des programmes universitaires liés aux sciences humaines. Cet aspect
de la bonification du programme s’invitera inévitablement parmi les éléments de
réflexion de la présente refonte.
Autres aspects soulevés
En vrac : éviter le déchirement
entre disciplines; favoriser plus d’équité; développer l’approche
« orientante »; revoir la pondération théorie/ travail à la maison;
se soucier des étudiant.e.s avec des besoins particuliers ou des parcours
atypiques; éviter le virage « service aux entreprises »…
En somme, l’enquête indique que les professeurs souhaitent une mise à jour
et un remaniement du programme, bien qu’ils en soient assez satisfaits. Les
aspects à bonifier les plus fréquemment mentionnés : une clarification des
libellés de compétence, une valorisation du programme, un rehaussement de sa
qualité, le maintien et la bonification de ses principaux atouts :
science, méthodologie, rigueur, esprit critique, maîtrise la langue…
Les professeurs de sciences
humaines ont une longue expérience de la pratique de l’enseignement et de leurs
disciplines. Ils vivent au quotidien les joies et les problèmes de
l’enseignement et de la mise en application du programme. Au-delà des
résultats, notre enquête démontre que, lorsque le temps et l’espace leur sont
donnés, les professeurs ont une analyse pertinente de leur programme et ils sont
en mesure d’apporter une contribution fondamentale à la réforme en cours. Nous
espérons que tout l’espace et le temps nécessaires leur seront accordés pour
contribuer à la réflexion patiente qu’exige une telle réforme.
Membres du Comité « Enquête » pour le RSHCQ
mercredi 12 avril 2017
Infos additionnelles sur les frais reliés au colloque
Bonjour,
Voici des infos qui pourraient vous être utiles quant aux coûts des « forfaits » pour vos demandes de perfectionnement et remboursement dans vos collèges respectifs.
Voici des infos qui pourraient vous être utiles quant aux coûts des « forfaits » pour vos demandes de perfectionnement et remboursement dans vos collèges respectifs.
Les frais d’inscription et de participation sont établis à 50$.
Le reste, peu importe le
« forfait » retenu, représente les coûts liés à l’hébergement et pour
les repas. L’auberge inclut dans la nuitée le prix des repas (déjeuner, dîner
et souper).
- 395 $ = 50 $ + 345 $ | occupation simple, la nuit du jeudi 8 juin seulement (sont inclus: les dîners du 8 et 9 juin, le souper du 8 juin, le déjeuner du 9 juin, les collations et autres frais de participation pour le colloque)
- 315 $ = 50 $ + 265 $ | occupation double, la nuit du jeudi 8 juin seulement (sont inclus: les dîners du 8 et 9 juin, le souper du 8 juin, le déjeuner du 9 juin, les collations et autres frais de participation pour le colloque)
- 595 $ = 50 $ + 545 $ | occupation simple, les nuits du mercredi 7 juin et jeudi 8 juin (sont inclus: les déjeuners du 8 et 9 juin, les dîners du 8 et 9 juin, le souper du 8 juin, les collations et autres frais de participation pour le colloque)
- 435 $ = 50 $ + 385 $ | occupation double, les nuits du mercredi 7 juin et jeudi 8 juin (sont inclus: les déjeuners du 8 et 9 juin, les dîners du 8 et 9 juin, le souper du 8 juin, les collations et autres frais de participation pour le colloque)Si vous avez des questions, n’hésitez pas ! rshcq@collegemv.qc.ca
mardi 11 avril 2017
vendredi 31 mars 2017
Inscription au colloque du RSHCQ
Le RSHCQ est fier de vous accueillir à son colloque d'été, sur le thème «Les sciences humaines à l'ère de la post-vérité». Le programme complet est disponible ici.
Nos activités et votre séjour se concentrent en un seul même endroit: l'auberge Le Baluchon, en Mauricie, à Saint-Paulin.
Les frais de participation et d'hébergement incluent l'ensemble des coûts et dépenses liés à la tenue du colloque: les conférences, les ateliers, une ou deux nuitées + souper, dîners, déjeuners, collations, et la cotisation annuelle du RSHCQ.
- La réservation des chambres se fait donc par ce formulaire, et non auprès de l’auberge.
- Les paiements se font par chèque ou par carte de crédit (via Paypal).
Afin de bien compléter votre inscription, veuillez svp répondre aux questions obligatoires et faire tous les choix requis !
Accès au formulaire: https://goo.gl/forms/L5Lp9GnM1BpTsibr1
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous joindre à rshcq@collegemv.qc.ca
jeudi 30 mars 2017
Sciences humaines dans les cégeps: un programme pilier est en révision
À titre de professeurs, mais
également d’auteurs et d’acteurs impliqués dans le développement et la défense
des sciences humaines au collégial, Maurice Angers et Claire Denis nous partagent
leurs réflexions sur la révision de programme en cours. Vos commentaires sont
les bienvenus. À noter qu’une version abrégée de ce texte est parue dans Le Devoir, le 30 mars.
* * *
Le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec a entrepris une révision du programme collégial Sciences humaines. Une actualisation est somme toute normale puisque ce programme a été implanté en 1991 et reformulé en compétences au tournant du XXIe siècle. Une première étape de cet examen a été franchie puisqu’une consultation des responsables des programmes universitaires de domaines associés aux sciences humaines a été réalisée. Elle a été menée grâce à une enquête par questionnaires et a donné lieu à un rapport déposé en octobre 2016 par le consultant Jacques Belleau intitulé : Le profil attendu par les universités de la part des diplômés du programme d’études préuniversitaires Science humaines. Un groupe de travail formé par le ministère se penche en ce moment sur ce rapport pour revoir l’orientation à donner au programme.
Le programme Sciences humaines
constitue le programme le plus populeux du réseau collégial. Il représente près
de la moitié des étudiantes et étudiants inscrits au préuniversitaire et
environ 30 % de tous les cégépiens. Il se caractérise par de nombreux
intervenants en provenance de disciplines très variées (une dizaine
officiellement admise par le ministère). Les nombreux intervenants qui, de près
ou de loin, vont jouer de leur influence dans ce dossier nous portent à rendre
public notre propre constat. Nous sommes deux enseignants, l’un à la retraite,
l’autre s’en approchant, qui se sont, au fil des trente dernières années,
impliqués dans l’élaboration, l’implantation et le suivi du programme des
sciences humaines. Nous avons occupé des postes de responsabilités au plan
local comme au plan provincial pour mener avec succès la réforme majeure qui
s’est effectuée en 1991 et dont il ne faudrait pas perdre les acquis.
Un peu d’histoire : le
programme Sciences humaines version
1991
En 1989, un mini-colloque avait réuni, au Cégep Édouard-Montpetit, les
Coordonnateurs provinciaux des disciplines des sciences humaines et leurs
exécutifs respectifs (des professeurs du collégial représentant une dizaine de
disciplines) et des représentants des départements des sciences humaines des
universités québécoises. Les propos tenus par les universitaires à ce colloque
ressemblaient étrangement aux conclusions des attentes actuelles des
universités, si l’on se fie au rapport Belleau commandé par le ministère
(Belleau, 2016). Les universitaires ne voulaient surtout pas que la formation
collégiale en sciences humaines ressemble à une mini-spécialisation dans l’une
ou l’autre de leur propre discipline universitaire, les départements
universitaires de psychologie et de sciences de l’administration ayant été les
plus fermes à ce propos. Ils voulaient au contraire que cette formation
ressemble à une sorte de culture générale, à la fois disciplinaire et
transdisciplinaire, axée sur l’« apprendre à apprendre ».
Le rapport actuel présente une position similaire : « Il s’agit
d’acquérir les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être permettant
d’explorer et de comprendre les différentes facettes de l’homme et des sociétés
humaines et, surtout, d’être en mesure de les utiliser concrètement »
(Belleau, 2016, p. 16). En outre, la priorité de ce rapport va au-delà des
sciences humaines puisque les universitaires souhaitent d’abord et avant tout,
comme condition sine qua non à une bonne préparation à l’université, que les collégiennes
et collégiens maîtrisent mieux la langue d’enseignement, en l’occurrence le
français pour les cégeps francophones. Il faut préciser que, alors qu’ils
étaient absents du colloque de 1989, les professeurs des départements des Sciences
de l’éducation ont été les plus nombreux à participer à la récente enquête.
C’est à la fois positif et symptomatique d’un problème systémique, le manque de
maîtrise de leur langue d’enseignement et les effets négatifs sur le reste de
leur apprentissage, déjà connu et qui ne peut se résoudre simplement en
réformant le programme Sciences humaines.
Un programme bonifié, apprécié
Rappelons que le programme collégial Sciences
humaines implanté en septembre 1991 a répondu en bonne partie aux attentes
exprimées par les universités, qui alors comme aujourd’hui demandaient une
formation à caractère plus général que spécifique. Avant cette réforme, le
programme Sciences humaines était éclaté comme l’avait souligné le Livre blanc
sur l’enseignement collégial en 1978. Il avait une très mauvaise réputation,
qualifié tantôt de programme fourre-tout, de programme-cafétéria ou de programme
de derniers recours. Il faut dire que les éléments du programme étaient laissés
au bon vouloir de chaque administration locale, les préalables universitaires
étant presque tous disparus au fil des ans. En 1991, la réforme du programme a
constitué une petite révolution. Les faits saillants furent : un tronc
commun de cours obligatoires à travers la province, un resserrement des choix
de cours pouvant être dispensés, une formation contenant des cours
transdisciplinaires (méthodes quantitatives, méthodologie de la recherche et
activité d’intégration des connaissances acquises), une initiation obligatoire
à l’histoire, à l’économie et à la psychologie et des profils de cours orientés
vers l’individu, la société ou le monde, mais aussi vers l’administration pour
répondre à une demande plus spécifique.
Cette refonte que l’on peut qualifier de majeure était le fruit de
plusieurs années de concertation et de négociation entre les coordonnateurs
provinciaux des disciplines de sciences humaines et le ministère. Ce travail en
commun entre des disciplines, souvent concurrentes puisque s’adressant à une
même population étudiante, a porté fruit. En se concertant, toutes les
disciplines des sciences humaines y ont gagné par l’ajout de ressources axées
sur l’enseignement des méthodes de recherche propres aux sciences humaines.
À un colloque d’universitaires en sciences de l’éducation, quelques années
à peine après la réforme, ces derniers ont mentionné être désormais capables de
distinguer les étudiants qui provenaient du programme Sciences humaines des autres programmes du collégial, les premiers
étant mieux formés au regard de leur propre programme. Cette réforme des années
1990 a
aussi été un succès, si on en juge par les propos actuels des universitaires
puisque le rapport mentionne à cet effet : « un certain niveau de
pertinence de la formation actuelle » (Belleau, 2016, p. 60). Le profil
attendu des universités, comme présenté dans le rapport Belleau, semble
confirmer que le virage entrepris vers une formation moins éclatée, composé
notamment d’un tronc commun et de cours disciplinaires et transdisciplinaires,
était le bon.
Le programme Sciences humaines version 2001
Le programme de 1991, à peine mis en marche, a été révisé et finalisé en
2001 par le ministère. Cette révision a consisté essentiellement en une
« traduction » du programme en compétences. Cependant, au cours de
cet exercice, les acquis de 1991 n’ont pas été remis en question. On a maintenu
les cours de méthodologie ajoutés en 1991 et on a confirmé la place des
disciplines psychologie, histoire et économie dans ce tronc commun. Le
principal apport de la refonte de 2001 a été, en plus du maintien du tronc
commun, d’insérer une séquence de cours à l’intérieur du programme ayant pour
effet de recommander la mise en place d’un cours d’initiation disciplinaire
avant de permettre l’accès à un cours plus avancé. La séquence initiation,
application, approfondissement et enrichissement du devis ministériel de 2001, même
si elle fut sujette à interprétation, elle semble avoir été respectée par une
majorité de cégeps dans la fabrication de leurs grilles de cours (confirmé par
une enquête interne menée par le Réseau des sciences humaines des collèges du
Québec (RSHCQ). Elle contribue également à resserrer la qualité du programme et
à éviter de tomber dans le piège du clientélisme et de la concurrence entre
programmes et entre cégeps.
La principale critique exprimée envers le programme actuel vise les
libellés de compétence. Rédigés à une époque où cette approche n’était pas maîtrisée,
plusieurs de ces libellés demandent à être clarifiés et rehaussés dans certains
cas. Sur le plan des acquis, le renforcement de la dimension scientifique du
programme fait largement consensus et on souhaiterait généralement qu’elle soit
maintenue, voire bonifiée.
Bonifier le programme et en
préserver les acquis
En éducation, l’une des habitudes connues lorsque vient le temps
d’effectuer des changements consiste à faire table rase de ce qui existe, ou du
moins de proposer un remède miracle issu d’une nouvelle théorie pédagogique… Le
programme actuel a certes besoin d’une cure de rajeunissement, mais il demande
surtout à être bonifié. D’ailleurs, dans le cadre de l’enquête interne menée
par le RSHCQ, une majorité des répondants (une cinquantaine de cégeps y ont
participé) souhaitent une réforme mineure. Même si la signification de réforme
majeure et de réforme mineure n’est pas clairement définie, l’opinion exprimée
confirme une satisfaction significative envers le programme actuel. Plusieurs
des problèmes soulevés relèvent davantage de l’organisation locale des
programmes. Le ministère a le devoir de veiller à mettre en place les
conditions favorisant un programme de qualité dans l’ensemble du réseau
collégial en poursuivant les efforts entrepris dans les années 90 pour bonifier
ce programme encore quelque peu mal-aimé et sous-estimé dans l’esprit du
public. Les professeurs de toutes les disciplines de Sciences humaines doivent
unir leurs voix pour réclamer plus d’espace dans le processus de consultation
actuel et s’outiller pour mener à bien cette importante opération. La
concertation de 1991 a
permis une augmentation des ressources affectées à la méthodologie. En 2001, une
augmentation des heures d’enseignement a aussi été autorisée pour mettre à
niveau ce programme et le standardiser… Que demander cette fois-ci ?
Distinguer enjeux locaux et
nationaux
Comme mentionné, plusieurs des récriminations soulevées et des tensions
existantes dans les programmes prennent racine dans la manière d’organiser le
programme dans chaque collège. Derrière ces tensions, on retrouve des enjeux d’emploi,
de tâches comme on dit dans le milieu, et ces enjeux ne doivent pas nuire à la
bonification du programme. Le ministère a délégué aux cégeps une large part de
ses responsabilités. Cependant, pour un programme aussi important, une
direction nationale est probablement nécessaire pour une meilleure continuité
de la formation entre les cégeps et les universités. En outre, le programme est
défini nationalement et les problèmes occasionnés par son opérationnalisation
sont laissés aux directions locales. Or, au premier chef, le ministère conserve
la responsabilité de veiller à la qualité de ce programme, en y accordant des ressources
suffisantes, mais aussi en veillant à lui insuffler une direction positive. En
période de révision, il a aussi le devoir de consulter le milieu adéquatement
et de bien évaluer les conséquences de ses choix pour tout le réseau collégial.
Les professeurs, pour leur part, ont la responsabilité de s’élever
au-dessus de leurs intérêts disciplinaires et d’unir leurs efforts pour
l’intérêt supérieur du programme et de sa population étudiante. Les autres parties
interpellées par la révision de cet important programme, les directions des
collèges notamment, doivent aussi suivre cette révision avec sérieux et cesser
de traiter ce programme comme un parmi d’autres… Le programme Sciences humaines ne se compare à aucun
autre. Le seul programme qui lui ressemble un peu est Sciences de la nature… et
les différences restent notables. On a qu’à penser aux nombreux préalables
universitaires caractérisant cet autre pilier des cégeps.
Il existe des solutions pour relancer et bonifier le programme Sciences
humaines. Il faut faire l’effort de les identifier au-delà de la stricte
réécriture du programme et de proposer aux cégeps locaux des idées pour mieux
organiser les ressources et réduire les tensions. Par exemple, pour favoriser
une culture générale et éviter la surspécialisation, une règle pourrait édicter
qu’il n’y ait pas plus de deux ou trois cours par discipline dans ce programme
au plan local. On pourrait aussi augmenter le nombre de disciplines obligatoires
pour renforcer le tronc commun. Une autre hypothèse à explorer pour consolider
le programme et poursuivre son renforcement serait d’ajouter plus de cours transdisciplinaires
(multis) à caractère scientifique et méthodologique pour renforcer l’aspect scientifique
du programme. On connaît aussi l’importance grandissante de la culture
numérique dans toute formation d’avenir. On pourrait également renforcer la maîtrise
de la langue en mettant l’accent sur la rédaction d’essais ou de rapports
scientifiques. Les étudiantes et étudiants qui fréquentent le programme Sciences humaines écrivent beaucoup !
L’écriture scientifique constitue un genre de texte à valoriser et à intégrer
explicitement dans le parcours de ce programme. On peut réfléchir aussi à
augmenter le nombre de cours de 4 heures semaine, au lieu de trois, pour permettre
un meilleur suivi des étudiantes et étudiants et favoriser une moins grande
dispersion. D’autres solutions sont à imaginer et à tester, tout cela en n’oubliant
pas de permettre aux étudiantes et étudiants d’exprimer leurs préférences et de
choisir des cours et des profils signifiants et intéressants.
La discussion est ouverte. En espérant que ce saut dans le temps stimulera
des débats fertiles !
Maurice Angers, ex-professeur au Collège de Maisonneuve et ex-coordonnateur provincial de
Sociologie (1982-1992), ex-membre du Comité expert de rédaction du présent
programme Sciences humaines au collégial (1999-2001).
Claire Denis, ex-responsable du Comité des enseignantes et enseignants du programme
préuniversitaire Sciences humaines (2006-2013), ex-présidente du Réseau des
sciences humaines des collèges du Québec (RSHCQ) (2011-2016) et professeure au Cégep
de Sherbrooke.
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